En Normandie, un tarif bas-carbone pour réduire les émissions du transport touristique
En Normandie, les touristes qui choisissent des modes de transport décarbonés sont récompensés grâce à une remise sur le prix des billets d’entrée dans plus d’une centaine de sites culturels et touristiques. Cette démarche innovante de tarif bas-carbone mise en place par Normandie Tourisme pourrait être dupliquée partout en France.
Le Centre Juno Beach de Courseulles-sur-Mer rend hommage aux 45 000 Canadiens et Canadiennes qui ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale. Situé à deux pas de la plage, le musée est relié aux pistes cyclables du littoral et offre un accueil dédié aux cyclistes avec des abris, des bornes de recharge et de réparation… Mais ce n’est pas tout : comme plus de 120 autres sites culturels et touristiques de Normandie, il propose à ses visiteurs un Tarif bas-carbone qui prévoit une remise de 10 % minimum sur le prix d’entrée. Les personnes sportives ne sont pas les seules avantagées par ce billet à coût réduit : il est également appliqué sur présentation d’un billet de train ou de bus du réseau NOMAD, le réseau de mobilité normand.
La voiture, principale responsable des émissions de CO2
Unique en France à cette échelle, le dispositif proposé initialement par le Centre Juno Beach, a été déployé sur toute la région en 2024 par Normandie Tourisme, le Comité Régional de Tourisme de Normandie. Il est l’un des outils choisis par les acteurs privés et publics participant à sa gouvernance, qui ont décidé en 2022 lors d’une grande concertation, de prendre le virage du tourisme durable et raisonné. Pour faire face aux défis climatiques et environnementaux, ils veulent agir sur la mobilité. « Selon l’ADEME, les transports représentaient en 2022 près de 69 % de l’empreinte carbone du secteur touristique en France », rappelle Sylvain Paix, Chargé de mission Tourisme responsable et coordinateur du Tarif bas-carbone au sein du pôle Innovation de Normandie Tourisme. En Normandie, la voiture est responsable à elle seule de 79 % des émissions engendrées par l’activité touristique. En outre, 81 % des visiteurs français utilisent leur voiture pour se rendre en Normandie.
« Nous avons voulu concevoir un outil simple pour inciter les voyageurs et voyageuses à utiliser des modes de transport moins carbonés pour voyager en Normandie », poursuit Sylvain Paix. « À l’heure actuelle, le maillage du territoire n’est pas optimal et il ne permet pas de se déplacer exclusivement en mobilités durables à travers toute la région, poursuit le chargé de mission. Pour cette raison, nous souhaitons également récompenser les visiteurs qui arrivent en train ou en car et doivent ensuite faire les derniers kilomètres en voiture, car ils auront déjà décarboné une bonne partie de leur trajet. » Le dispositif compte ainsi sur la participation des entreprises de transport qui communiquent auprès de leurs usager·ères au sujet du Tarif bas-carbone normand. « Nous avons aujourd’hui plus de poids pour échanger avec elles et les inciter aussi à perfectionner le réseau et désenclaver certaines zones mal desservies », explique Sylvain Paix.
Anticiper la surfréquentation touristique
Depuis 2024, Normandie Tourisme conclut de nombreux partenariats avec les acteurs du tourisme pour les inciter à mettre en place le Tarif bas-carbone. Depuis le début de l’année 2026, 28 nouveaux sites touristiques l’appliquent, se réjouit Sylvain Paix : « Mes interlocuteurs sont favorables au principe de cette tarification préférentielle dont ils prennent en charge le coût. Ils sont majoritairement sensibles aux enjeux environnementaux et satisfaits de la visibilité régionale spécifique que nous leur offrons en retour. Cependant, certains acteurs doivent encore être convaincus car ils ont peur de subir une baisse de leurs revenus. »
Normandie Tourisme souhaite désormais déployer le Tarif bas-carbone partout en France, pour faire grandir la notoriété de cette offre auprès de tou·tes les voyageur·es français·es. « Nous mutualisons volontiers notre expérience grâce à un kit de facilitation de mise en œuvre et de communication », promeut le professionnel. Cet essaimage déjà entamé auprès du Département du Lot reçoit le soutien de réseaux nationaux comme Acteurs du Tourisme Durable (ATD) et ADN Tourisme. En parallèle de ce dispositif, le Comité Régional de Tourisme déploie aussi des séjours bas-carbone clé-en-main, et tente de maîtriser les flux touristiques en encourageant les visites tout au long de l’année. Des actions qui devraient permettre d’anticiper le réchauffement des températures et la hausse des fréquentations touristiques dans cette région tempérée vers laquelle la clientèle française pourrait bien se replier dans les prochaines années.
En savoir plus sur le tourisme durable
Dans une publication de notre collection S’inspirer, intitulée « Dans le Trièves, des escapades sans voiture au cœur de la nature », découvrez comment la Communauté de communes du Trièves mobilise également les acteurs touristiques de son territoire pour proposer une offre décarbonée.
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