Plan d’électrification : des mesures insuffisantes sans rénovation globale des logements
Dans son plan d’électrification des usages, le gouvernement prévoit d’installer 1 million de pompes à chaleur par an d’ici à 2030 afin de répondre à la crise énergétique et réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles. Cependant, l’électrification seule ne suffit pas à améliorer les conditions de vie et faire reculer la précarité énergétique. Le réseau Cler se mobilise au sein du collectif Rénovons pour demander des moyens suffisants pour accélérer la rénovation énergétique globale des logements. Décryptage avec Isabelle Gasquet, responsable plaidoyer efficacité énergétique du réseau Cler et Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons.
Une récente étude de l’ADEME évalue les performances des pompes à chaleur en conditions réelles de fonctionnement dans les logements, est-ce une bonne nouvelle pour la transition énergétique ?
Isabelle Gasquet : C’est en effet une bonne nouvelle car cette étude vient confirmer les bonnes performances des pompes à chaleur en situation réelle d’utilisation en maison individuelle et donc la place importante qu’elles ont vocation à prendre dans la transition énergétique des bâtiments en parallèle de la poursuite de l’effort à mener sur les rénovations performantes. Comme démontré dans la publication “Pompes à chaleur et rénovation performante, une combinaison gagnante”, les performances des PAC et les impacts positifs sur la baisse des consommations énergétiques1, des factures d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre sont d’autant plus forts lorsque la pompe à chaleur s’inscrit dans un projet de rénovation performante. En écho aux recommandations portées dans cette note, l’étude ADEME pointe également l’enjeu de renforcement de la maîtrise des réglages des PAC et de généralisation des opérations de maintenance pour renforcer l’efficacité des installations.
Pourquoi le plan d’électrification est insuffisant pour les ménages ?
Isabelle Gasquet : S’il est important de remplacer les systèmes de chauffage alimentés aux énergies fossiles par des systèmes fonctionnant aux énergies renouvelables, l’électrification seule ne suffira pas à améliorer les conditions de vie des ménages ni à réduire la précarité énergétique. Dans un logement passoire, les habitantes et habitants continueront à beaucoup consommer pour atteindre un niveau de chauffage suffisant en hiver et seront toujours exposé·es aux problématiques d’humidité, de moisissures avec des risques pour leur santé.
Damien Barbosa : En effet, une passoire énergétique, c’est non seulement un logement où l’on paie des factures trop élevées mais aussi un habitat qui dégrade concrètement les conditions de vie de celles et ceux qui y vivent. Derrière la surconsommation d’énergie, il y a des logements mal isolés, difficiles à chauffer l’hiver, étouffants l’été, où les courants d’air sont permanents et où la santé peut être affectée. C’est aussi une contrainte quotidienne : devoir choisir entre se chauffer correctement ou réduire ses dépenses, vivre dans certaines pièces seulement, renoncer au confort élémentaire. En réalité, la passoire énergétique est à la fois un problème social, sanitaire et climatique, bien au-delà d’une simple question de facture.
Dans un logement mal isolé, une pompe à chaleur doit compenser en permanence des déperditions massives, ce qui dégrade les performances du chauffage, augmente la consommation électrique et limite les gains réels pour l’occupant·e. Elle ne traite ni les parois froides, ni l’inconfort thermique, ni les problèmes d’humidité ou de surchauffe estivale. Sans un travail préalable sur l’isolation et la qualité du bâti, l’électrification seule revient à adapter le système de chauffage à un logement défaillant, plutôt que de corriger la cause structurelle du problème.
Quelles sont les demandes du réseau Cler ?
Isabelle Gasquet : En parallèle des objectifs d’électrification et d’installation de pompes à chaleur, nous appelons le gouvernement à renforcer les niveaux d’aides aux rénovations d’ampleur pour les logements E, F et G afin de permettre aux ménages les plus précaires de pouvoir accéder à des projets de rénovation énergétique vraiment ambitieux, comme c’était encore le cas début 2025, et à exclure les aides au seul remplacement de chauffage dans ces logements passoires.
Comment se mobilise Rénovons et quels sont les prochaines batailles ?
Damien Barbosa : La rénovation énergétique semble progressivement être pensée par le seul prisme de la décarbonation, le collectif Rénovons va donc s’atteler, lors des prochains mois, à refaire la démonstration de la nécessité de réaliser des travaux de rénovation performante. Nous chercherons également à mener une réflexion collective quant à ce qu’est réellement une passoire thermique, afin que l’intégralité de leurs conséquences sur les habitantes et habitants soient véritablement prises en compte. Alors qu’approche l’été et les vagues de chaleur, nous montrerons encore l’utilité de l’isolation et de la ventilation quant à l’habilité des logements.










