Drôme : les citoyens se réapproprient l’énergie avec Dwatts

Dans la vallée de la Drôme, la coopérative citoyenne Dwatts développe des projets d’énergies renouvelables et de maîtrise de l’énergie au service du territoire et de la population locale. Grâce à la production et la vente de l’électricité en circuit-court, les citoyens et citoyennes peuvent se réapproprier l’énergie et bénéficier d’avantages économiques concrets. Reportage.

Une énergie produite et consommée en circuit-court grâce à Dwatts

Créée en 2017, dans la vallée de la Drôme, Dwatts est une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui réunit habitant·es, collectivités, entreprises et agriculteur·ices autour d’un objectif commun : développer les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie afin d’accompagner le territoire vers une trajectoire à énergie positive à l’horizon 2040-2050. « Nous partageons une vision de la transition énergétique, qui constitue, pour nous, un pilier fondamental d’une société équitable, démocratique et respectueuse de l’environnement. Si nous agissons pour le développement des énergies renouvelables et pour la maîtrise de l’énergie, nous souhaitons le faire en respectant le vivant et les équilibres écologiques. C’est également nécessaire de le faire en se réappropriant de manière citoyenne et locale ces enjeux, cela se traduit par l’implication et la coopération avec les actrices et acteurs du territoire », explique Emilie Lapprand, chargée de mobilisation transition énergétique chez Dwatts. 

D’abord spécialisée dans le photovoltaïque, la coopérative a progressivement élargi son champ d’action à la chaleur renouvelable et à l’efficacité énergétique. Elle s’intéresse également à l’éolien citoyen. En 2025, elle compte 67 installations photovoltaïques, sur des toitures louées à des particulier·ères, des exploitant·es agricoles, des entreprises ou des collectivités. Ces installations permettent de consommer directement une électricité locale, renouvelable, produite sur le territoire, grâce à des boucles d’autoconsommation collective. 

Un modèle qui bénéficie directement à la population locale

L’impact de Dwatts ne se limite pas à la production d’énergie. La coopérative génère des retombées économiques concrètes pour le territoire, ses habitants et ses habitantes. Dans le Diois, Sébastien Michel, un agriculteur en polyculture-élevage, a loué la toiture de son hangar à noix pour la production de panneaux photovoltaïques et produire de l’électricité. « Dwatts a financé une partie de mon bâtiment et derrière c’est eux qui gèrent toute la partie photovoltaïque : l’entretien, l’installation. Ces panneaux solaires permettent une production d’électricité équivalent à celle de 125 personnes par an, hors chauffage et eau chaude. Chaque année, je touche un loyer de 1500 euros par an sur 30 ans. » Cette installation alimente la boucle d’autoconsommation « Pays Diois » . L’électricité est vendue aux particuliers, aux entreprises ou à la commune. 

Gérante de la brasserie Après L’Orage à Die, Nina achète son électricité via cette boucle. « On a choisi Dwatts parce qu’auparavant nos factures évoluaient en fonction du prix du marché. Aujourd’hui, la coopérative nous assure un prix stable à 19,39 centimes d’euros TT du kWh. » Dans un contexte de forte volatilité des prix de l’énergie, le système des boucles d’autoconsommation garantit la stabilité du prix car le tarif est fixé à partir des coûts réels de production, et non des fluctuations du marché. Les consommateurs et consommatrices ont ainsi une meilleure visibilité et sont moins exposé·es aux crises énergétiques. Certaines collectivités en tirent déjà des bénéfices tangibles. À Aouste-sur-Sye, par exemple, la participation à une boucle d’autoconsommation a permis de réduire la facture électrique d’environ 10 %, soit plus de 4 000 euros par an.  

Et qui agit sur la précarité énergétique

Au-delà des aspects économiques et environnementaux, Dwatts intègre une dimension sociale forte. Son modèle prévoit une redistribution des excédents générés par l’autoconsommation collective avec un tiers pour les propriétaires des toitures, un tiers pour les consommateurs et consommatrices, un tiers pour un fonds de solidarité et de maîtrise de l’énergie. Ce fonds finance des actions pour lutter contre la précarité énergétique. Pour cela, la coopérative a fait appel au service public local intercommunal de lutte contre la précarité pour identifier les actions les plus pertinentes à financer.  

Ainsi en 2026, le financement se porte sur un kit de sur-isolation de chauffe-eau couplé à un régulateur électronique de la température du ballon et un ensemble de mousseurs, développé par Enertech. Le kit est ensuite installé par les Compagnons bâtisseurs. « Le chauffe-eau est une des premières sources d’économie identifiée. Il est souvent oublié par manque de connaissances et de moyens. Quand il est mal réglé, il y a une grosse perte d’énergie, ce qui impacte les factures des ménages. Ce kit est un outil clé en main facile à mettre en place et lève les principaux freins rencontrés par les ménages car les équipements et leurs installations sont entièrement financés par la coopérative », explique Stéphane Rivoire, chargé de mission précarité énergétique pour la Communauté de Communes du Val de Drôme, la Communauté de Communes du Crestois et du Pays de Saillans (Cœur de Drôme) et du Diois. 

En juin, 24 foyers vont pouvoir bénéficier de ce kit, ce qui permettra une diminution de la consommation d’électricité et d’eau ainsi qu’une réduction des factures estimée à 150€ par an pour les ménages.