SNBC 3 : le rendez-vous manqué de la rénovation énergétique
Adoptée le 15 juillet 2026, la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) de la France détermine sa trajectoire pour diviser par deux ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990), et atteindre la neutralité carbone en 2050. Ses orientions en matière de rénovation énergétique des logements ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les explications de Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons au sein du réseau Cler.
Que contient cette troisième stratégie nationale bas-carbone (SNBC) ? Quels sont ses grands objectifs pour le bâtiment ?
Damien Barbosa : Cette stratégie trace la feuille de route de la France pour la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. En ce qui concerne le bâtiment, force est de constater que la SNBC 3 est bien moins ambitieuse que le SNBC 2. La stratégie précédente fixait pour objectif un parc immobilier au niveau BBC Rénovation d’ici 2050, et prévoyait en moyenne, près de 400 000 rénovations d’ampleur par an. La stratégie actuelle abandonne l’objectif BBC et table sur 250 000 rénovations d’ampleur ciblant prioritairement les passoires et les bouilloires thermiques. Elle parle aussi de rénovations performantes pour 700 000 logements. Par rénovation d’ampleur, il faut entendre une rénovation qui s’attache à tous les postes de travaux et pas uniquement au changement de système de chauffage, tandis que pour la SNBC3, une rénovation performante désigne un gain d’au moins deux niveaux sur le diagnostic de performance énergétique (DPE).
En quoi ces objectifs sont-ils insuffisants ?
D. B : La SNBC3 mise tout sur l’électrification et prévoit l’installation de 9 millions de pompes à chaleur d’ici 2030. Installer massivement des pompes à chaleur dans des logements mal isolés n’a pas d’intérêt réel. Cela ne permet pas de sortir durablement de la précarité énergétique. Cela ne règle pas les problèmes d’humidité, de qualité de l’air et les pathologies qui en découlent. Cela ne protège pas des pics de chaleur, sauf dans le cas de PAC réversibles installées dans des logements bien isolés. Dans un article récent, Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm, spécialiste des effets de l’environnement sur la santé, déclare que face à la surmortalité engendrée par les canicules à répétition, la rénovation énergétique doit être la mère des batailles. En réduisant à la fois le niveau de rénovation et leur nombre, la SNBC 3 n’est pas à la hauteur des enjeux.
« La réduction des gaz à effet de serre ne doit pas faire oublier tous les autres enjeux tels l’adaptation collective et durable au changement climatique ou l’équité et la justice sociale. »
Damien BarbosaCoordinateur du collectif Rénovons au sein du réseau Cler
Que recommande le réseau Cler ?
D. B : La directive européenne sur la Performance énergétique des bâtiments estime qu’il faudrait rénover en France chaque année 1,2 millions de logements. Nous nous satisferions des objectifs fixés par le secrétariat général à la planification écologique : 700 000 rénovations d’ampleur par an, couvrant l’intégralité des postes de travaux. Il faudrait ramener le budget de MaPrimeRenov’ à 5 milliards d’euros, comme en 2024. Et avoir une véritable planification pluriannuelle des travaux de rénovation du logement résidentiel. La décarbonation du logement ne peut se résumer au déploiement massif de pompes à chaleur. Cela exclut les locataires qui sont surreprésentés dans les bouilloires et passoires thermiques. La modification de critères du DPE en janvier 2026 a remis sur le marché de la location des centaines de milliers de logements. Il faut aujourd’hui revoir les critères de décence, afin de s’assurer qu’il ne soit plus possible de louer des logements inhabitables.










