Trame noire du Massif central : quand la sobriété redonne la nuit aux vivants

Née pour préserver le ciel étoilé et la biodiversité nocturne, la Trame noire du Massif central a trouvé dans la sobriété énergétique un puissant accélérateur. Depuis 2019, l’association IPAMAC (Inter-Parcs du Massif central) fédère douze parcs (11 parcs naturels régionaux et le Parc national des Cévennes) autour d’un chemin commun : retrouver la nuit comme milieu vivant, paysage et patrimoine commun.

Protéger la trame noire pour préserver la vie

Bien avant que la crise énergétique ne pousse les collectivités à questionner leur éclairage nocturne, l’association Inter-Parcs du Massif central (IPAMAC) avait engagé le mouvement. Fin 2018, une réflexion collective est lancée sur la Trame noire ; en 2019 suit un état des lieux de la pollution lumineuse dans six parcs. À l’origine, l’enjeu est écologique : préserver les continuités nécessaires aux espèces nocturnes et ces « ciels d’exception » du Massif central. La crise énergétique accélérera ensuite les extinctions et ajoutera un argument auprès des collectivités pour continuer de s’engager pour la préservation du ciel nocturne.

L’IPAMAC impulse, mutualise et coordonne ce projet où chaque territoire avance à son rythme avec l’ambition de faire émerger une Trame noire à l’échelle des douze parcs. Éclairage public et privé, extinctions, sensibilisation, études sur les espèces : les leviers se multiplient. « Mais c’est petit bout par petit bout, action par action que ça va pouvoir se mettre en place », résume Laura Léotoing, déléguée générale de l’IPAMAC. La continuité noire reste un horizon, à construire territoire après territoire.

La sobriété ouvre alors sur un enjeu plus large. « Il n’y a pas besoin d’éclairer toute la nuit », rappelle Marie Fougerouse. Repartir des besoins réels, réduire horaires ou intensité, c’est économiser de l’énergie mais aussi redonner de l’espace aux espèces nocturnes et mieux respecter les rythmes humains car autour du ciel étoilé se croisent de multiples enjeux : santé, consommation énergétique, paysage et biodiversité.

« La préservation du ciel étoilé, ce n’était pas seulement une question de sobriété énergétique ou d’économies, mais aussi de préservation de la biodiversité et de la santé humaine. »

Marie FougerouseChargée de projet Biodiversité à l’IPAMAC

Une initiative qui inspire d’autres territoires

L’objectif va plus loin : préserver durablement l’obscurité et agrandir petit à petit les espaces rendus à la nuit. Trois parcs du réseau, les Cévennes, Millevaches et, depuis 2025, le Morvan, sont reconnus Réserves internationales de ciel étoilé (RICE). Ces démarches exigeantes structurent l’engagement. Et quand la lumière recule, le paysage nocturne réapparaît : balades nocturnes, points d’observation, animations astronomiques font déjà du ciel étoilé un patrimoine à découvrir, une expérience sensible, parfois une ressource touristique.

Les idées dépassent aussi les lisières des parcs. Autour des Cévennes, la préservation du ciel étoilé nourrit des échanges avec les territoires urbains voisins et donne envie d’imaginer d’autres façons d’éclairer. Ici, les expériences menées dans les campagnes peuvent inspirer les villes. Laura Léotoing y voit « une revanche des territoires ruraux qui vont essayer de faire un peu changer les comportements des territoires urbains ». Une façon, aussi, de redonner au rural sa place dans les récits de transition.

De parc en parc, la Trame noire du Massif central se dessine. L’IPAMAC impulse et relie ; les territoires avancent à leur rythme et le regard change : la nuit redevient un milieu vivant, un paysage à retrouver et un bien commun à transmettre.

Qu’est-ce qu’une trame noire ?

D’après l’IPAMAC, une trame noire est un réseau de corridors écologiques et de réservoirs de biodiversité avec un niveau d’obscurité suffisant favorisant la biodiversité nocturne.