Repenser les paysages urbains face au changement climatique

Les paysages urbains sont souvent des oubliés de la transition énergétique. Pourtant, c’est là que devront en priorité être mis en œuvre les efforts de maitrise de l’énergie. A la croisée de la démonstration et de la co-construction locale, les balades urbaines permettent de mettre les pieds dans la transition énergétique en ville. Échange avec Charles Lemonnier, Chef de projet énergie, architecture, urbanisme à l’Agence Parisienne du Climat (APC).

Quel est le rôle de l’APC sur les solutions proposées à Paris concernant la transition énergétique ? Quels liens faites-vous dans la relation aux paysages parisiens ?

Charles Lemonnier : Paris est une ville dense à l’empreinte carbone importante et une ville vulnérable au changement climatique du fait de l’effet d’ilot de chaleur urbain. Les récentes canicules nous marquent profondément. Le risque d’inondation est aussi très fort. Les politiques parisiennes de transition depuis le premier plan climat de 2007 ont amorcé des changements de paysage visibles : le retour de la nature, des parcs urbains et de la Seine, le développement du vélo, et lentement mais surement, la rénovation énergétique et environnementale du bâti.  

L’Agence Parisienne du Climat a été créée en 2011 par la Ville de Paris, pour contribuer à la mise en œuvre de son Plan Climat. Elle est l’Espace Conseil France Rénov de Paris et consacre une partie importante de son activité à l’accompagnement des projets de rénovation en copropriété avec son outil CoachCopro. 17 000 copropriétés y sont inscrites à Paris, mais CoachCopro est aussi l’outil de référence dans plus de 30 grandes villes et métropoles en France. Trois quarts des logements de Paris sont en copropriété. La tâche est colossale. De nombreux enjeux doivent et peuvent y être traités, comme celui des eaux de pluie, de la fraicheur, ou de l’efficacité énergétique. Le conseil à l’adaptation, auprès des collectivités aussi, prend de l’importance. Notre plateforme Adaptaville est une source d’information très documentée. C’est aussi un programme d’animation territorial plébiscité par les acteurs privés et publics des villes denses. L’agence anime également les filières professionnelles de ces thématiques. Nos sujets d’entrée sont donc l’habitat, l’énergie et le climat. Le paysage en est une résultante ou un contexte. J’œuvre à mon poste à ce qu’il soit pensé au centre, car il permet de lire et traiter intelligemment la complexité des sujets sur lesquels l’Agence se fait forte d’agir. 

En quoi les travaux de l’APC résonnent-ils avec les propositions développées par Laurence Renard, paysagiste œuvrant notamment en milieu rural francilien, en accompagnement des collectivités ?

C. L. : Nous sommes intervenu·es ensemble lors de la conférence “Paris, un paysage de l’après-pétrole ?” Malgré la grande différence des contextes de nos actions respectives, nous nous retrouvons dans la même nécessité à apprendre à regarder où nous habitons, comment nous y habitons et comment nous pouvons agir sur cette habitabilité. Tous deux, nous œuvrons par petites touches répétées. Dans chaque conseil auprès de copropriétaires qui ont la charge de prendre soin des immeubles, comme dans chaque article ou à chaque balade urbaine, l’agence cherche à favoriser cette capacité à agir pour la transition.  

Nous expliquons en détail l’ilot de chaleur urbain, et nous montrons comment il est possible de végétaliser les rues, mais aussi les cours des copropriétés, ou rénover le bâti. Nous sommes la porte d’entrée des dispositifs publics, comme ceux de la Ville de Paris Eco-Rénovons Paris +, Coproasis ou encore Immeuble Zero Déchets qui aident aux études et travaux des copropriétés. Nous insistons sur le diagnostic, orientons vers un processus et des professionnel·les. Des architectes, ingénieurs et paysagistes comme Laurence Renard prennent le relai. Aussi, j’ai découvert lors de la conférence la manière dont Laurence illustre ses projets par le dessin et l’image, et les co-construit lors d’ateliers participatifs. Nous cherchons aussi à l’agence à développer ces outils de communication plus sensibles et collectifs. 

« Le paysage donne envie d’agir je crois. Il souligne les aménités d’usages de l’espace public et rend fier d’habiter le lieu. »

Charles LemonnierChef de projet énergie, architecture, urbanisme à l’Agence Parisienne du Climat

Suite au tour du XXème que tu as proposé aux Rencontres du réseau Cler, en quoi la balade paysagère peut-elle être utile pour mobiliser autour de la transition ?

C. L. : Le directeur Habitat et Energie, Frédéric Delhommeau, a reçu du réseau Cler la proposition d’organiser une balade pour les adhérent·es venu·es de toute la France. C’est pour nous un format très stimulant et j’ai été heureux de me prêter au jeu avec Auréline Doreau du réseau Cler. Nous étions une vingtaine à marcher 2 heures sur 4 km avec 8 arrêts : des copropriétés, une rue aux écoles, le cimetière du Père Lachaise… D’abord, je voulais que le groupe puisse arpenter la diversité des actions de transition accompagnées par l’Agence dans un arrondissement parisien, pour que les participants et participantes ressentent le bouillonnement à l’œuvre, côté privé et public. Ensuite, nous voulions donner à lire les strates historiques de la ville, comme y incite la démarche paysagère, et auxquelles on prête peu attention sinon. Le paysage donne envie d’agir. Lors de la journée “Plans de paysage de la transition énergétique : méthodes et actions” de décembre 2025, la table ronde “les PPTE, par et pour les parties prenantes” Gaëlle des déserts, coordinatrice du Collectif Paysages de l’après-pétrole, indiquait la nécessaire répétition des démonstrations par le paysage pour passer à l’action. Lors des balades urbaines, le paysage souligne les aménités d’usages de l’espace public et rend fier d’habiter le lieu. Il révèle que la ville se construit et permet de se sentir concerné par cette construction jusque depuis chez soi.  

La balade se terminait dans un parc du 19e siècle, à côté de l’entrée d’un parc du 21ème siècle qui le prolonge sur une ancienne friche ferroviaire, et au bord de la Porte de Montreuil, coupure autoroutière emblématique du 20ème siècle que les travaux en cours doivent relier aux villes limitrophes. Ce genre de balade paysagère permet de sensibiliser à l’enjeu de relier les espaces pour y conforter la vie et la société. Et la marche est un commun. Elle fait circuler la joie et la parole. 

Les enjeux du paysage et de la transition énergétique vous intéressent ?

Rejoignez la liste d’échanges « Paysage et transition énergétique ». Animée par le réseau Cler, elle rassemble les professionnel·les intéressé·es par les croisements paysage et énergie. Cet espace, réservé aux adhérent·es du réseau Cler, permet de partager des retours d’expérience, des ressources, des évènements et des questionnements autour de l’intégration paysagère dans les projets de transition énergétique.

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