Précarité énergétique : comment vivre dans une bouilloire thermique en été ?
En Île-de-France, où 73 % des habitants et habitantes vivent en appartement, La Croix Rouge Insertion - LogisCité accompagne les ménages modestes souffrant de précarité énergétique, l’été comme l’hiver. Retour sur la canicule avec Imaad Ali, son directeur, également administrateur du réseau Cler.
Comment l’équipe de LogisCité a-t-elle vécu la canicule du mois de juin ?
L’activité de La Croix Rouge Insertion – LogisCité s’est ralentie. 50 % des visites prévues auprès des ménages en situation de précarité énergétique ont été annulées. Les personnes n’ont pas souhaité accueillir chez eux les conseillers par forte chaleur. La santé en prend un coup : elles sont très fatiguées, parfois en consultation à l’hôpital, et préfèrent reporter leur rendez-vous. Quand elles nous reçoivent, on sent que la conversation est plus difficile et moins fluide. Pourtant, les immeubles collectifs que nous visitons, construits avant la première réglementation thermique, ne sont adaptés ni au chaud ni au froid. Il y a beaucoup à faire pour les aider même si nous nous sentons parfois démunis.
« Durant la canicule, les ménages dans les bouilloires thermiques n’ont pas d’échappatoire. »
Imaad AliDirecteur de La Croix Rouge Insertion – LogisCité et administrateur du réseau Cler
Comment vit-on dans une bouilloire thermique lorsqu’il fait une température extérieure de 40 degrés ?
Plusieurs problématiques se cumulent : d’abord on constate très peu d’aération, parfois pas de VMC. Les fenêtres ne sont pas toujours protégées par des volets extérieurs. L’équipement électroménager est souvent de mauvaise qualité, vieillissant et par conséquent chauffe trop vite. L’absence de ventilateurs (sans même parler de climatisation) est généralisée faute de moyens. En outre, l’espace dont disposent ces ménages est très réduit. Ils ne peuvent pas trouver de répit pour se reposer ; ils n’ont pas la possibilité de rafraîchir leur logement ; n’ont pas toujours accès à un balcon et même dehors, les espaces extérieurs ne sont pas végétalisés et n’apportent pas de fraîcheur. Bref, ils n’ont pas d’échappatoire. Habituellement, les ménages ressentent plus le froid (70%) que le chaud (50%) dans leur passoire thermique. Après des semaines comme celle-ci, leur témoignage risque d’évoluer.
Quels conseils donnez-vous aux ménages que vous rencontrez ?
Nous adaptons notre discours à leurs besoins et nous les aidons à améliorer leur confort grâce à des dispositifs comme le programme Slime, porté par Cler solutions, ou le programme SOLEIL, lancé par la Communauté d’agglomération Paris-Saclay. L’hiver, l’objectif est de réduire la sensation de froid et le montant des factures énergétiques des familles alors même que les prix de l’énergie explosent. En été, nous sensibilisons aux bons gestes : l’importance d’aérer son logement matin et soir, de fermer les ouvertures durant la journée (les volets lorsqu’il y en a), d’utiliser des rideaux pour tempérer, des draps mouillés ou même des couvertures de survis sur les fenêtres. Enfin, nous conseillons de débrancher les appareils pour limiter le réchauffement des pièces à vivre. Mais les habitants et les habitantes subissent et pour les aider, ce sont des actions à grande échelle qu’il faut !
Que préconisez-vous ?
Les collectivités locales et l’État doivent agir en investissant dans la rénovation énergétique, la végétalisation mais aussi la réduction de la voiture individuelle qui réchauffe l’environnement. Comment construire pour demain des logements où l’on peut vivre ? La réponse ne peut être que collective ! Notre engagement au sein du réseau Cler permet de porter ces demandes et de chercher des solutions ensemble. Nous ne pouvons pas continuer à responsabiliser les ménages pour qu’ils changent leurs usages et leur mode de consommation, alors même qu’ils sont victimes d’un logement mal isolé et pas adapté aux fortes chaleurs.










