La fin de MaPrimeRénov’ sur les monogestes est-elle une bonne nouvelle ?

À partir du 1er septembre, la plupart des travaux de rénovation financés par MaPrimeRénov' pour les monogestes ne seront plus éligibles. Présentée comme un moyen de concentrer les aides sur les rénovations d'ampleur, plus efficaces, cette décision cache en réalité une nouvelle baisse du soutien public à la rénovation énergétique. Décryptage avec Isabelle Gasquet, responsable plaidoyer efficacité énergétique du réseau Cler.

Une stratégie gouvernementale en trompe l’œil

Sur le principe, le réseau Cler pourrait se réjouir de la réduction du soutien aux monogestes sur MaPrimeRénov’ pour se recentrer sur les rénovations d’ampleur car l’association plaide pour cette réorientation progressive depuis de nombreuses années. Toutefois, pour un réel recentrage en faveur des rénovations d’ampleur, il faudrait que le budget initialement fléché vers les monogestes soit pleinement redirigé vers les rénovations d’ampleur afin d’en renforcer l’attractivité, comme cela était le cas en 2024. 

« Pour un réel recentrage en faveur des rénovations d’ampleur, il faudrait que le budget initialement fléché vers les monogestes soit pleinement redirigé vers les rénovations d’ampleur. »

Isabelle GasquetResponsable plaidoyer efficacité énergétique du réseau Cler

L’exception des pompes à chaleur

La baisse des consommations énergétiques doit marcher sur deux jambes : les rénovations énergétiques globales et l’installation de systèmes de chauffage alimentés aux énergies renouvelables, telles que les pompes à chaleur (PAC). Dans une passoire énergétique, lorsque l’installation d’une PAC est effectuée dans le cadre d’une rénovation performante au niveau BBC, cela permet une division par 15 des consommations d’énergie. L’enjeu est donc d’arrêter de repousser la fin de l’éligibilité des passoires thermiques au parcours monogestes afin de les faire entrer d’emblée dans le parcours « rénovation d’ampleur ». Pour les logements déjà en partie isolés, le remplacement d’une chaudière alimentée aux énergies fossiles par un équipement plus efficace et performant, comme les pompes à chaleur, les chaudières biomasse performantes, voire les chaudières hybrides alimentées au biométhane ou encore le raccordement à un réseau de chaleur alimenté aux énergies renouvelables pour les logements collectifs, s’avèrera pertinent.  

Mieux articuler MaPrimeRénov’ et les Certificats d’Économies d’Énergie

Le dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) demeure une brique importante du financement de la rénovation énergétique et de la lutte contre la précarité énergétique. Pour accompagner durablement les ménages vulnérables dans l’amélioration de leur logement et de leur quotidien, il est nécessaire d’arrêter le transfert de MaPrimeRénov’ vers les CEE. Il faudrait, au contraire, renforcer les crédits budgétaires en faveur des rénovations d’ampleur et les combiner aux certificats d’économies d’énergie pour maximiser les impacts positifs. 

Porter à 9 milliards d’euros les crédits alloués à la rénovation énergétique en les couplant à environ 5 milliards d’euros de CEE par an permettrait d’atteindre 600 000 rénovations d’ampleur par an d’ici 2030, avec une réduction des factures entre 1000 et 2000 euros/an pour quelques millions de ménages modestes et intermédiaires particulièrement exposés aux hausses de factures d’énergie. Cette hausse de 6 milliards d’euros de crédits budgétaires par rapport à aujourd’hui entraînerait, par ailleurs, 18 milliards d’euros d’activités économiques supplémentaires, 7 milliards d’euros de recettes publiques, et une réduction de 30 % des importations d’énergies fossiles, selon une analyse des coûts et impacts de trois scénarios de financement de la rénovation énergétique réalisée par Nicolas Desquinabo (Evapol) pour le réseau Cler. 

Donner les moyens pour une rénovation d’ampleur juste et ambitieuse

Sur le papier, presque tous les ingrédients sont réunis pour refaire décoller les rénovations énergétiques globales : le passage obligatoire par les Espaces Conseil France Rénov’ pour réduire les risques de fraude et l’appétence des Français et des Françaises pour réaliser des travaux. D’après une étude de Nuances d’Avenir, réalisée par Verian pour le réseau Cler, près d’une personne sur deux a déjà réalisé des travaux de rénovation énergétique chez elle. Parmi celles qui n’ont pas encore sauté le pas, 58 % des personnes vivant dans des logements énergivores aimeraient en entreprendre. Il ne manque plus qu’à relever les plafonds d’aide et les niveaux de subvention pour générer de la demande à nouveau. En effet, 88 % des Français et des Françaises considèrent les aides à la rénovation énergétique comme importantes ou prioritaires pour réduire les factures d’énergie et augmenter leur pouvoir d’achat.  

La rénovation énergétique globale constitue le principal levier pour agir durablement sur la baisse des consommations et des factures dans les passoires énergétiques, ainsi que sur la qualité de vie des personnes au quotidien, hiver comme été. Ce sont d’ailleurs ces bénéfices qui figurent parmi les principales motivations pour engager des travaux.