Énergies renouvelables : en finir avec trois idées reçues

Pas fiables, trop chères, néfastes pour le paysage… Les énergies renouvelables sont l’objet d’idées reçues fermement ancrées dans certains esprits. Voici des clés pour démêler le vrai du faux.

Depuis le 28 février, la guerre au Moyen-Orient ravive les inquiétudes d’une nouvelle crise énergétique. Face à ce risque, les énergies renouvelables apparaissent plus que jamais comme un garant de notre indépendance énergétique. « Ce sont les seules énergies qui s’appuient sur des sources disponibles en France alors que nous importons entre 60 et 100 milliards d’euros d’énergies fossiles par an, insiste Bastien Cuq, responsable énergie du Réseau Action Climat. Ce sont aussi les énergies les moins polluantes et les moins chères. » Les énergies renouvelables ont l’autre avantage d’être illimitées, dans le cas du soleil et du vent, ou de se régénérer si elles sont correctement gérées. C’est le cas de la biomasse. Pourtant, malgré ces atouts, la France mène aujourd’hui une politique « qui est très volontaire sur le nucléaire, beaucoup moins sur le renouvelable », déplore Auréline Doreau, responsable de projet énergies renouvelables au réseau Cler. Les énergies renouvelables pâtissent aussi d’idées reçues qui freinent leur développement. Voici des éléments de réponse à trois d’entre elles.

IDÉE REÇUE 1 : les énergies renouvelables ne sont pas fiables

Pourquoi cette idée persiste ?

En raison de la nature intermittente du soleil et de l’éolien, les énergies renouvelables subissent régulièrement un procès en fiabilité.

Ce qu’il faut savoir

Les énergies renouvelables sont complémentaires : en général, lorsqu’il y a moins de soleil, il y a plus de vent, et inversement. Les gestionnaires du réseau savent anticiper et pallier ces variations pour éviter toute panne de production. « Le fait que RTE, l’ADEME et négaWatt envisagent chacun un scénario 100 % énergies renouvelables est en soi un signe de fiabilité », ajoute Auréline Doreau. Les autres énergies sont, elles aussi, soumises à des formes d’intermittence. Il y a la maintenance des infrastructures qui, dans le cas du nucléaire, a contribué à la crise énergétique de 2022. Des causes géopolitiques peuvent aussi provoquer des ruptures d’approvisionnement en combustibles.

IDÉE REÇUE 2 : les énergies renouvelables coûtent trop cher

Pourquoi cette idée persiste ?

À leurs débuts, les énergies renouvelables coûtaient effectivement plus cher que les autres énergies. Bastien Cuq explique ainsi qu’avant 2010 « l’État français soutenait la production d’énergie solaire en donnant 400 euros par MWh, contre 40 euros par MWh pour le nucléaire ».

Ce qu’il faut savoir

Le coût de production de l’éolien terrestre est aujourd’hui de 59 euros HT par MWh, et celui du photovoltaïque entre 70 euros et 91 euros HT par MWh. En comparaison, le gaz est à 172 euros HT par MWh. Le nucléaire, lui, à 40 euros HT par MWh. « Ce dernier calcul est assez politique, car il ne prend pas en compte les coûts cachés comme la gestion des centrales qui a nécessité l’arrêt de la moitié du parc nucléaire en 2022 », souligne Auréline Doreau.

IDÉE REÇUE 3 : pour que ça marche, il faudrait recouvrir le paysage d’éoliennes

Pourquoi cette idée persiste ?

Jean-Marc Jancovici a donné du crédit à cette idée dans sa BD Un monde sans fin en calculant qu’il faudrait une éolienne par kilomètre pour « fournir la totalité de l’énergie en France ».

Ce qu’il faut savoir

« On ne fait rien avec seulement des éoliennes, rappelle Bastien Cuq. De plus, Jean-Marc Jancovici utilise des éoliennes qui font 2 MW de puissance limite alors qu’en moyenne en France, les éoliennes font plutôt 4 MW. » Le responsable énergie du Réseau Action Climat fait aussi remarquer qu’en réduisant notre consommation d’énergie nous aurons besoin d’installer moins d’infrastructures. En outre, les éoliennes et les parcs solaires peuvent s’intégrer avec harmonie dans les territoires, notamment lorsque les projets sont menés par des collectifs de citoyens et citoyennes.