Quand la transition écologique rencontre la coopération territoriale
Timothée Duverger vient de publier aux éditions du Bord de l’eau "Une autre commune est possible", un ouvrage collectif qui explore la puissance innovatrice des collectivités, des communes rurales aux métropoles.
Vous écrivez que « les communes sont à l’avant-garde des transitions écologiques et solidaires ». Qu’entendez-vous par là ?
Timothée Duverger : Dans la littérature scientifique, on considère habituellement la transition écologique d’un point de vue macro, à l’échelle d’un État, voire du monde, ou d’un point de vue micro, en examinant les comportements individuels. On occulte la bonne échelle, qui est celle des territoires. La planification écologique est territoriale : les questions de déchets, d’emploi, d’alimentation, de mobilité sont toujours locales. Les collectivités doivent se saisir des sujets de transition écologique, en s’appuyant sur les ressources et les besoins du territoire et sur une animation indispensable pour fédérer les acteurs. L’exemple de Bordeaux montre bien qu’une action publique volontariste débouche sur des résultats tangibles. En 2020, la ville a déclaré l’urgence climatique et a agi en conséquence. En une mandature, les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments municipaux ont baissé de 25 %, la pollution atmosphérique de 35 %. Une alliance pour l’énergie solaire a permis d’installer des panneaux photovoltaïques sur des bâtiments publics comme privés, embarquant les collectivités locales, des institutions publiques comme l’université, l’hôpital, la SNCF ainsi que les entreprises et les particuliers… Ce type de coopération est essentielle.
En quoi consistent ces coopérations territoriales ?
T. D. : Nous avons écrit pour l’ADEME, avec Alexeï Tabet, un rapport consacré aux coopérations économiques territoriales de transition. L’ADEME a lancé un programme d’actions de recherche baptisé COOP’ECO, assorti d’un appel à manifestation d’intérêts pour évaluer comment les coopérations territoriales répondent aux grands défis écologiques. Nous assistons aujourd’hui à la rencontre de la transition écologique et de la coopération territoriale. De nombreux exemples en témoignent : la coopérative d’énergies citoyennes et renouvelables mise en place, avec Valorem, autour du parc éolien d’Andilly-les-Marais, et qui participe à la réalisation de l’objectif TEPOS de la Communauté de Communes Aunis Atlantique. Ou encore la Coopérative Carbone de La Rochelle qui mène des actions de sensibilisation, de réduction et de compensation des émissions de CO2 et compte parmi ses sociétaires le Grand Port maritime et de nombreuses collectivités. Ces dynamiques de coopération sont un facteur clé du développement de projets de productions d’énergie renouvelable. L’appropriation citoyenne lève les blocages.
« Les communes sont autant de petites républiques où se construit la grande.»
Timothée DuvergerChercheur et maître de conférences
Comment s’assurer d’une transition écologique juste et solidaire ?
T. D. : Il ne s’agit pas de rendre la transition écologique acceptable socialement. Il faut commencer par réduire les inégalités pour mener la transition. La justice sociale est une condition préalable de la transition écologique, comme le démontrent les travaux de Lucas Chancel. La crise des gilets jaunes a montré ce qui se passait quand l’État abandonnait les territoires ruraux au lieu de s’attacher à résorber les inégalités et les fractures territoriales. Comme l’analyse Cynthia Ghorra-Gobin dans Une autre commune est possible, c’est sans doute en renforçant la coopération et les circularités entre les métropoles et les territoires ruraux adjacents qu’on parviendra le mieux à assurer une transition écologique juste et solidaire.










