Quels paysages pour l’après-pétrole ?
Avec la centralisation des moyens de production d’énergie, les humains ont perdu le lien qu’ils entretenaient par le passé avec l’environnement dont ils dépendaient, estime Roberta Pistoni du Laboratoire de recherche en projet de paysage à l’École nationale supérieure de paysage. La transition énergétique leur offre l’opportunité de se reconnecter au paysage.
Comment nos besoins énergétiques ont-ils façonné le paysage français ?
Les paysages ne sont pas immuables et les enjeux de production et de consommation d’énergie les façonnent durablement. On peut citer de nombreux exemples : les moulins à vent aux Pays-Bas ou encore le prélèvement du bois de chauffage en France qui a affecté notre environnement et mis en péril nos forêts, bien avant l’arrivée des énergies fossiles. Nous avions alors un lien plus fort et plus territorial à nos besoins énergétiques. Un lien plus dur aussi : les humains devaient travailler péniblement pour exploiter les bois… Mais l’arrivée des énergies fossiles et fissiles a tout changé.
Quelles ont été les conséquences de ce changement de modèle énergétique ?
Des centrales thermiques et nucléaires ont été disséminées sur le territoire français et reliées à un réseau de transport d’électricité. Les lieux de production d’énergie se sont fortement éloignés des lieux de consommation. Ce lien au vent, au bois, à l’eau a été perdu et nous nous sommes un peu déconnectés du paysage environnant. Ces nouvelles sources d’énergie ont aussi radicalement modifié nos paysages grâce à des techniques nouvelles : avec les tracteurs, nous avons remembré nos parcelles paysannes pour créer des champs plus vastes. Pour rouler en voiture, nous avons dû construire des routes, des stations-service…
« L’éolien ou le photovoltaïque remettent l’enjeu paysager sur le devant de la scène, avec le besoin d’implanter localement des énergies renouvelables. »
Roberta PistoniMaître de conférences à l’école nationale supérieure de paysage
Quel est l’impact de la transition énergétique ?
Vers quoi transitons-nous exactement ? Actuellement, les ressources énergétiques s’accumulent plus qu’elles ne se substituent les unes aux autres : les énergies renouvelables s’ajoutent au charbon, au nucléaire. Cependant, l’éolien ou le photovoltaïque remettent l’enjeu paysager sur le devant de la scène, avec le besoin d’implanter localement des énergies renouvelables. La question de mieux maîtriser nos consommations prend aussi de l’ampleur, impactant potentiellement la façon d’habiter et de se déplacer, et donc la façon de vivre nos paysages dans la quotidienneté. C’est l’occasion d’imaginer le paysage et ainsi de se l’approprier. Il ne s’agit pas de revenir en arrière, mais plutôt de se projeter collectivement dans le futur. L’analyse du paysage offre un regard transversal et non sectoriel ; elle propose de renouer avec les éléments naturels avec la volonté d’économiser les ressources. Une forme de sobriété très ancienne, que nous avons elle aussi perdue.











