Sobriété : la clé d’une économie durable

Publié en novembre 2025, l’avis de l’ADEME « Vers une économie de la sobriété », montre que ce pilier de la transition écologique est une véritable opportunité pour les collectivités, les entreprises et les citoyens et citoyennes. Les explications de Baptiste Harbonnier, expert Consommation responsable à la Direction Économie circulaire de l’ADEME.

Quels sont les bénéfices de la sobriété  ?

Baptiste Harbonnier : La sobriété réduit nos émissions de gaz à effet de serre et nos consommations de ressources en réinterrogeant nos besoins. Ses co-bénéfices s’étendent aussi à la santé, la biodiversité, la justice sociale… Ainsi, promouvoir les mobilités actives améliore la qualité de l’air. Ou encore, comme nous l’avons observé avec la guerre en Ukraine, baisser nos consommations énergétiques protège le pouvoir d’achat… La sobriété, quand elle réduit la demande de ressources, d’énergies ou d’équipements localisés hors d’un territoire, est aussi un levier de souveraineté et de résilience, pour les collectivités comme pour les entreprises. Enfin, une récente étude de l’association française des Entreprises pour l’Environnement le confirme, elle représente aussi, pour ces dernières, un facteur différenciant et un bénéfice d’image. 

La sobriété implique-t-elle un changement de modèle ?

B. H. : La sobriété amène à évaluer le juste « besoin ». Évidemment, l’approche et la réponse dépendent largement des secteurs : textile, alimentation, culture ne demandent sans doute pas le même niveau de service minimum. Mais, partout où des ressources sont consommées, des démarches de sobriété peuvent être entreprises. Elles peuvent passer par un changement de modèle et s’appuyer sur l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) pour sortir de la dépendance au volume de produits vendus. La sobriété pose aussi la question de la gouvernance : comment construire collectivement une définition du besoin ? Qui, par exemple en cas de tension sur l’eau sur un territoire, va arbitrer entre les usages ? La sobriété invite aussi à l’innovation : technologies low-tech pour mettre au point les équipements les plus simples et les plus durables, ou écoconception de produits. 

« La sobriété est un levier de souveraineté et de résilience, pour les collectivités comme pour les entreprises. »

Baptiste Harbonnierexpert Consommation responsable de l’ADEME

Avez-vous des exemples d’actions emblématiques ?

B. H. : L’ADEME accompagne de nombreuses entreprises et soutient également des collectivités pour constituer des coopérations économiques territoriales de transition : ainsi nous avons aidé le Parc naturel régional des Ballon des Vosges à mettre en place une filière bois raisonnée. Un autre exemple, particulièrement vertueux, est celui d’Autonomia 64, une association des Pyrénées-Atlantiques qui fournit des équipements de maintien à domicile reconditionnés et adaptés en y associant des services d’accompagnement. Je pense également à la marque Loom qui plaide pour une mode durable et responsable. Mais le cordonnier qui répare les chaussures ou la boulangère qui limite sa production aux justes besoins peuvent également faire figure de modèles. 

Lire l’avis de l’ADEME