Planifier la transition énergétique grâce aux plans de paysage

Avec la démarche Plan paysage de la transition énergétique, les collectivités territoriales peuvent dessiner leur avenir énergétique en embarquant les citoyennes et citoyens dans une concertation ouverte et apprenante. Un outil de médiation indispensable selon Pierre-Louis Bodet, doctorant en géographie à l’Institut Agro Rennes Angers (UMR ESO).

Comment ont émergé en France les plans de paysage, et en particulier les plans paysage de la transition énergétique ?

Pierre-Louis Bodet : À partir de 2013, les premiers plans de paysage généralistes se sont déployés autour de thématiques diverses comme les forêts, l’espace public ou l’eau. En 2020, l’ADEME a proposé un financement complémentaire aux territoires prenant en compte la question énergétique et l’installation des outils de production d’énergie renouvelable dans le paysage. C’est un financement relativement récent qui a concerné une poignée de territoires. Des pionniers se sont intéressés à la question des énergies, comme la Communauté d’agglomération du Thouarsais dès 2017 avec l’aide de la paysagiste Isabel Claus, ou le Parc naturel régional du Pilat près de Lyon.  

« Les collectivités locales doivent aborder le paysage comme un objet politique et public qui accompagne les transformations en fonction des attentes, des aspirations et des usages de la population. »

Pierre-Louis Bodetdoctorant en géographie à l’Institut Agro Rennes Angers

Comment fonctionnent-ils et à quoi servent-ils ?

P. L. B. : La transversalité des plans de paysage est leur principale force. Ils englobent de multiples enjeux – agricoles, environnementaux, sociaux, économiques – mais aussi de considérations opérationnelles liées aux usages des habitant·es. L’élaboration d’un plan de paysage permet donc de décloisonner les services d’une collectivité locale ou d’un établissement public de coopération intercommunale (EPCI), par exemple. C’est également un excellent outil de sensibilisation et d’aide à la décision. Au cours de l’élaboration du plan, les habitant·es participent aux délibérations, fixent les grands objectifs du travail qui est mené. En matière de transition énergétique, on peut ainsi matérialiser un projet de territoire comme un Plan climat-air-énergie territorial (PCAET) et traduire spatialement les objectifs quantitatifs. Je pense qu’il s’agit d’un dispositif de médiation très utile, qui offre l’occasion de débattre et de se projeter dans un paysage désirable.

Quelle est la place de cet outil dans un contexte de relance de la planification énergétique ? Permet-il de dépasser les clivages liés aux énergies renouvelables ?

P. L. B. : Avec un portage politique fort et une animation dans la durée, c’est une démarche vivante au service des transitions ! Le plan paysage est une occasion de trouver du consensus, comme j’ai pu en être témoin dans le Vallée de la Sarthe. Un panel de citoyen·nes a été constitué puis formé grâce à l’intervention d’un bureau d’études spécialisé. Le groupe a mené un travail précis de zonage pour prévoir l’installation d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques à divers endroits. Les élus ont ensuite analysé collectivement la capacité et l’intérêt des futures installations, et parfois ont décidé de ne rien installer. Le plan de paysage a rendu visibles les choix collectifs et il a clairement accéléré l’appropriation locale par les citoyen·nes des énergies renouvelables.