5 paysages de la transition énergétique

Dans les territoires ruraux, dans les villes ou au sein de sites protégés, la modification des paysages par la transition énergétique est une réalité. Pour l’accompagner, les territoires choisissent différentes manières d’agir : élaboration d’un plan de paysage de la transition énergétique, recommandations paysagères, aménagements guidés par la sobriété… Tour d’horizon.

La qualité paysagère au coeur de la stratégie énergétique des Vosges centrales

Territoire agricole, doté de nombreux espaces naturels et forestiers, le schéma de cohérence territoriale (SCoT) des Vosges centrales s’est engagé à atteindre l’autonomie énergétique à l’horizon 2050. « La doctrine du SCoT en matière d’énergies renouvelables pourrait être résumée ainsi : « oui au renouvelable mais pas n’importe où et pas n’importe comment », explique Fanny Meynieu, chargée de mission. C’est pourquoi les élu·es ont doté le SCoT d’un plan de paysage de la transition énergétique (PPTE) Il pose quatre orientations de qualité paysagère – comme la préservation et la réinvention des paysages agricoles, forestiers et énergétiques – et six principes fondateurs de la stratégie énergétique. « L’un de ces principes relativise l’installation de nouvelles éoliennes, précise Fanny Meynieu. En contrepartie, pour atteindre notre ambition, le PPTE prévoit de recourir au repowering, c’est-à-dire au renouvellement du parc éolien afin de le rendre plus puissant, et d’encourager fortement le développement du photovoltaïque, aussi bien en toiture qu’au sol. » Adopté en 2022, le PPTE a aussi été pensé à l’échelle des habitants et habitantes. Il prévoit par exemple la création d’itinéraires de découverte à parcourir à vélo ou à pied, et l’aménagement de ceintures vertes énergétiques et productives autour des villes et des villages.

Le Marais poitevin, un grand site de France qui anticipe les projets d’énergies renouvelables

La double labellisation du Marais poitevin, à la fois Grand site de France et Parc naturel régional (PNR), n’a pas empêché la production d’énergies renouvelables d’y augmenter de 35 % entre 2015 et 2020. « Nous préservons un patrimoine exceptionnel tout en intégrant la nécessité de passer à un paysage de l’après-pétrole, explique Sandrine Guihéneuf, directrice générale du PNR du Marais poitevin. Plutôt que de subir des projets incompatibles avec nos enjeux paysagers et de biodiversité, nous anticipons. » Le PNR a approuvé en 2019 un schéma de l’éolien qui définit des zones potentielles de densification, des zones de vigilance majeure et des zones d’exclusion dont fait partie le périmètre labellisé Grand site de France. D’autres énergies renouvelables, moins impactantes que l’éolien sur le paysage, sont développées sur ces quelque 49 000 ha, soit un quart de la surface du Parc. Des restaurants et des bâtiments publics sont passés à la géothermie tandis que les panneaux solaires sont ponctuellement acceptés dans les bourgs protégés et aux abords des monuments historiques, s’il n’y a pas de covisibilité.

« Nous préservons un patrimoine exceptionnel tout en intégrant la nécessité de passer à un paysage de l’après-pétrole. »

Sandrine GuihéneufDirectrice générale du PNR du Marais poitevin

Plus de confort thermique dans les paysages urbains d’Avignon

Au sein de la Cité des Papes, la création d’une direction des paysages urbains en 2014 marque l’émergence de la prise en compte des enjeux paysagers, notamment dans le programme de renouvellement urbain d’Avignon. « Nous voulions offrir un paysage agréable et confortable, en particulier sur le plan thermique, et que les habitant·es s’y reconnaissent », indique Sébastien Giorgis, ancien adjoint en charge des patrimoines naturels et historiques, architecte, paysagiste et urbaniste de profession. Au sud d’Avignon, dans le quartier des Olivades situé près de la rocade, les travaux prévus autour de l’école comprennent la végétalisation et la désimperméabilisation de la cour d’école, la création d’un parvis planté, réalisé en partie avec des matériaux issus de la démolition d’une résidence du quartier, et la construction d’un auvent reliant la cour et le parvis. « Nous sommes aussi à l’origine de la première école construite à Avignon depuis 40 ans, ajoute l’ancien adjoint. C’est une école à énergie positive qui offre un confort thermique en été et en hiver, et dispose d’une couverture végétale. Elle est exemplaire de ce que doit faire l’architecture contemporaine aujourd’hui. »

En Seine-et-Marne, l’essor de la méthanisation encadré par un guide d’insertion paysagère

Selon la Direction départementale des territoires (DDT 77), la Seine-et-Marne est le premier département producteur de biométhane de France. 48 méthaniseurs sont en fonction et produisent 1000 GWh par an. Une expansion qui impacte le paysage. « Une unité de méthanisation peut aller jusqu’à 9 mètres de hauteur, ce qui est assez visible dans des paysages seine-et-marnais plutôt ouverts », observe Sylvain Cazaux, chef du service énergies, mobilités et cadre de vie à la DDT 77. En 2020, face à l’intérêt des agriculteurs et agricultrices, le Département et les signataires de la charte CapMétha 77 confient au Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Seine-et-Marne, la rédaction d’un guide d’insertion paysagère des unités de méthanisation agricole. « Il donne des recommandations et insiste sur l’importance de se faire accompagner par un paysagiste concepteur, décrit Sylvain Cazaux. Celui-ci va intervenir sur les différents aspects paysagers : à la parcelle, aux abords du site, à 500 mètres, 1 km. » Distribué à chaque porteur de projet et à leurs bureaux d’études, ce guide va de pair avec une commission de facilitation qui leur permet de savoir si les installations répondent aux attentes réglementaires, notamment sur le plan du paysage. Le préfet peut refuser un permis de construire en cas de mauvaise insertion paysagère.

À Béthune, un plan de paysage attentif à la sobriété

Le PPTE de la Communauté d’agglomération (CA) de Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane est l’un des rares à mettre en avant la sobriété. « Les nouveaux élus ne voulaient pas tout miser sur les énergies renouvelables, explique Laurence Renard, paysagiste conceptrice qui a participé à l’élaboration du PPTE de 2023 à 2026. C’est aussi un territoire dépendant de la voiture où une partie de la population est en précarité énergétique et vit dans un bâti minier très difficile à isoler. » Le PPTE propose ainsi des aménagements qui tendent vers la maîtrise de l’énergie foncière et dans les modes de vie. Rénovation énergétique des logements miniers par l’intérieur afin de préserver la brique, installation de panneaux solaires dans les friches et sur les toitures disponibles, ou encore développement de mobilités douces végétalisées. Organisés avec les habitant·es, les ateliers sobriété ont été l’occasion d’imaginer des ceintures vertes autour des villes et des villages. « Elles permettraient de limiter l’étalement urbain et seraient connectées aux zones urbaines par des cheminements piétons et cyclables, détaille Laurence Renard. C’est une réponse sobre aux enjeux climatiques, environnementaux, alimentaires et de loisirs. »