À Grenoble, la conservation des biens culturels au défi de la sobriété énergétique

La conservation des biens culturels dans de bonnes conditions est une mission très énergivore. Pour y parvenir tout en intégrant la sobriété et la transition énergétique, les établissements culturels de Grenoble expérimentent depuis 2025 un plan d’actions adapté à chaque bâtiment.

En automne 2022, face à la crise énergétique, Grenoble, comme d’autres villes en France, décide de diminuer le chauffage dans certains de ses bâtiments municipaux. Au musée, la température baisse de 1 °C durant la période de chauffe. En revanche, la proposition d’augmenter de 1 °C la climatisation en été n’est pas acceptée. En cause : les normes de conservation à respecter, car une température trop élevée pourrait causer des dommages aux œuvres conservées. 

Trois établissements, trois stratégies pour conserver les biens culturels

La Ville, dotée d’un plan Air Energie Climat (PAEC) qui prévoit de diviser par deux la consommation d’énergie en 2040 par rapport à 2012, souhaite néanmoins creuser la question. En effet, les bâtiments culturels « figurent dans le top 10 des bâtiments les plus consommateurs », fait savoir Laurine Plantec, cheffe de projet Sobriété énergétique à la mairie de Grenoble. Pour répondre à ce double enjeu, le service Transition énergétique commande une étude sur le musée municipal, le muséum et la bibliothèque d’étude et de patrimoine.  

« Cette étude a porté sur la réglementation en matière de conservation des collections, la réalisation d’un benchmark auprès d’autres collectivités, l’analyse technique de nos installations, et sur la concertation entre notre service et la direction des affaires culturelles (DAC) », détaille la cheffe de projet. Conçu avec les conservateurs des trois établissements et l’appui du C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France), un plan d’actions voit le jour, prenant en compte les spécificités de chaque bâtiment.   

Plage climatique

Au musée, seules les salles d’art ancien sont concernées, les œuvres y étant moins sensibles. La plage climatique est agrandie, avec l’augmentation d’1°C en été et la baisse d’1°C en hiver, mais seulement en période d’inoccupation. Du côté du muséum, la baisse de 1 °C en hiver n’a concerné qu’une partie des réserves nécessitant peu de manutention et donc de présence humaine.  

Quant à la bibliothèque d’étude et de patrimoine, la température a également baissé de 1 °C en hiver. Dans la salle réservée aux livres les plus précieux, une variabilité en fonction des saisons a été mise en place : 20 °C en été avec une hygrométrie de 50 à 55 %, et 18 °C en hiver avec une hygrométrie de 50 à 55 %. Dans l’espace d’exposition, qui peut accueillir des livres et des artefacts, la température et l’hygrométrie sont désormais adaptées en fonction du type d’œuvres présentées et de leur sensibilité. « Les plages de température peuvent être larges sur une année, mais pour la bonne conservation des œuvres il est important d’éviter les variations brusques, explique Laurine Plantec. Il en est de même pour l’hygrométrie relative. » 

« Ce projet étant initié et piloté par le service Transition énergétique et non par la direction des affaires culturelles, les trois établissements craignaient que des mesures leur soient imposées. Il était donc important de déconstruire cette crainte et de travailler ensemble entre services. »

Laurine PlantecCheffe de projet Sobriété énergétique à la mairie de Grenoble

Bilan à la fin de l’année

Compte tenu de l’enjeu, les deux services se sont répartis le suivi de l’expérimentation selon leurs domaines de compétences : le respect des plages climatiques et la consommation énergétique pour la Transition énergétique, l’état des œuvres et les variations de température pour les conservateurs de la DAC. Mises en place depuis la fin 2025, les actions de sobriété vont faire l’objet d’un bilan d’ici la fin de l’année 2026. « L’évolution de la consommation énergétique n’est jamais facile à analyser, anticipe la cheffe de projet. D’autant plus cette année entre la canicule et les travaux qui ont été faits sur les trois bâtiments. »