Canicule : stoppons la course aux climatiseurs individuels

Face à l'augmentation des températures estivales, de nombreux Français cherchent des solutions pour moins souffrir de la chaleur. Or l’achat d’un climatiseur individuel, s’il apporte un confort immédiat, ne fait qu'accroître le problème. Des solutions simples à mettre en oeuvre à la maison et collectivement, à l’échelle d’une ville, existent pourtant !

La climatisation se développe à un rythme effréné : en mai 2018, l’Agence internationale de l’énergie estimait à 10 % la consommation électrique mondiale liée à l’utilisation de ces appareils. On vend aujourd’hui dix climatiseurs par seconde dans le monde. En France, bien que la climatisation des habitations individuelles soit moins développée que dans d’autres pays, les chiffres augmentent également : avec 500 000 unités vendues par an, nous pourrions passer de 5 millions de climatiseurs installés chez des particuliers à 13 millions en 2050.

Cet équipement est pourtant une aberration environnementale car en consommant ainsi toujours plus d’énergie, nous contribuons à augmenter le réchauffement planétaire. En outre, les climatiseurs, en évacuant l’air chaud à l’extérieur, contribuent à créer des îlots de chaleur dehors et accentuent l’effet immédiat de la canicule. Enfin, ces appareils utilisent des fluides réfrigérants qui sont des gaz à effet de serre puissants (jusqu’à 4000 fois celui du CO2) qui ne doivent surtout pas s’échapper dans l’atmosphère.

Avant tout achat, il faut donc se poser les bonnes questions…. la première d’entre elles étant « ai-je réellement besoin d’un climatiseur ? »

Non aux climatiseurs mobiles !

Avec les canicules à répétition, de plus en plus de consommateurs sont tentés d’acheter un climatiseur mobile. Relativement peu cher à l’achat, ne nécessitant pas d’installation particulière et disponible directement en grande surface… ces climatiseurs d’appoint font l’objet d’achats impulsifs. En 2015, ils représentaient près de 30 % des ventes de climatiseurs en France. Ce sont, en réalité, les appareils les moins efficaces du marché et leur utilisation coûte plus cher que les climatiseurs muraux (environ 4 fois plus d’après les calculs de Que Choisir). Comme tout climatiseur, il génère de la chaleur pour refroidir : pour l’évacuer, il faut passer un tuyau par la fenêtre ouverte… et laisser entrer l’air chaud venu de l’extérieur ! Un paradoxe total… Avant tout achat, il faut donc se poser les bonnes questions…. la première d’entre elles étant « ai-je réellement besoin d’un climatiseur ? » En effet, d’autres solutions existent pour rafraîchir l’air et vivre mieux les vagues de chaleur à venir !

Lire l’article de Topten : « Recommandations et conseils sur les climatiseurs »

Des logements de meilleure qualité

Le « confort d’été » doit devenir un nouveau critère de qualité lors de la construction d’un logement neuf. Il est possible de favoriser une ventilation naturelle, de prêter attention à l’inertie thermique des matériaux utilisés (c’est à dire leur capacité à conserver une température stable malgré les variations extérieures).

Pour se protéger des rayons solaires, la végétalisation peut être une solution, pour créer des l’ombre à l’aide de pergolas et de haies. Enfin, la fraîcheur du sous-sol peut être utilisé pour rafraîchir, à l’aide de la géothermie, de puits provençaux ou d’une pompe à chaleur.

Pour les logements existants, les travaux de rénovation permettent d’améliorer l’isolation du logement (du toit, ou par l’extérieur) qui aide à avoir moins froid l’hiver, mais aussi moins chaud l’été. Certains matériaux isolants – la ouate de cellulose et la fibre de bois – ont cette double utilité.

La sobriété chez soi

Les canicules sont fréquentes ? Nous devons apprendre les bons gestes pour nous protéger de la chaleur et adapter nos modes de vie à des journées chaudes.

  • Eloignez-vous de la chaleur en créant de l’ombre à l’aide de volets, de stores extérieurs, construisez des écrans de végétaux (arbres, haie, gazon), débranchez tous vos appareils inutilisés pour limiter les apports intérieurs de chaleur. Préférez tous les appareils économes et basse consommation, et limitez l’usage des équipements de cuisson.
  • Capter la fraîcheur durant la nuit, en aérant la nuit (et en ouvrant les fenêtres quand la température est inférieure à celle de la maison). Empêchez la chaleur d’entrer en fermant fenêtres et volets avant 10h du matin.
  • Favoriser les circulations d’airs, en créant des courants d’air, en utilisant un ventilateur, uniquement quand on ne peut pas ouvrir les fenêtres parce que la température est plus élevée à l’extérieur.

Allez plus loin avec l’Agence parisienne du climat

Agir collectivement

S’adapter au réchauffement climatique est un enjeu collectif : à l’échelle des villes et des quartiers, un plan d’adaptation aux canicules est parfois rédigé et mis en œuvre – des stratégies locales amenées à se développer. Les canicules posent la question de l’aménagement urbain de façon global : pour avoir moins chaud dans les villes qui concentrent la chaleur, il faut réduire la pollution thermique des véhicules automobiles, et leur climatisation qui rejette l’air chaud en extérieur. Il est aussi possible d’agir en créant des îlots de fraîcheur, grâce à la végétation et la modification du revêtements des sols.

Plusieurs villes ont mis en place un « réseau de froid » : c’est le cas à Paris où l’eau de la Seine permet de rafraîchir le quartier des Halles. Comment ça marche ? Le réseau de froid collecte la chaleur dans les bâtiments desservis pour l’évacuer au niveau d’une centrale de refroidissement.

Des appareils moins énergivores

Pour limiter l’impact environnemental de la climatisation – dont les appareils peuvent être utiles dans de nombreux espaces accueillant du public (hôpitaux, maisons de retraite, bureaux) – et si vous choisissez tout de même de vous équiper à la maison – l’efficacité énergétique des climatiseurs doit être sans cesse améliorée. Une réglementation européenne sur l’éco-conception des appareils le permet : depuis qu’elle existe à l’échelle de l’UE, l’équivalent de la consommation électrique annuelle de la Finlande a été économisé (20 TWh, soit 4 milliards d’euros sur la facture des ménages européens).

D’après les estimations de l’agence Internationale de l’énergie on pourrait encore améliorer l’efficacité des climatiseurs d’au moins 35 % ! Une campagne européenne Coolproducts à laquelle le CLER participe – cherche à améliorer la performance des climatiseurs mis sur le marché, et à interdir les produits les moins efficaces.

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Cet été, la campagne Coolproducts demande à la France et à la Commission européenne d’agir sur cette question en :

  • Informant mieux les consommateurs sur les consommations et coûts des différents appareils de climatisation grâce à une étiquette énergie unique. Aujourd’hui, chaque système (mobile, split, mural) a sa propre étiquette énergie, ce qui, à l’achat, ne permet pas de comparer les différentes technologies entre elles (ainsi un climatiseur mobile peut par exemple être étiqueté A+ et consommer 2,4 fois plus qu’un climatiseur mural également étiqueté A+).
  • Favorisant le recours aux alternatives aux fluides frigorigènes à fort Potentiel de réchauffement global (PRG). Les fluides frigorigènes sont indispensables au fonctionnement des systèmes de climatisations, il existe cependant des alternatives moins nocives aux produits utilisés actuellement.
  • Rendant les climatiseurs plus durables et réparables. Les climatiseurs sont aujourd’hui particulièrement difficiles à réparer, démonter et entretenir, ce qui se traduit souvent par de courtes durées de vie et des fuites de fluides frigorigènes dues à des interventions de réparation inadéquates.
Retrouvez cet appel sur le site de Coolproducts.eu
Contact

Léo Pardo

Coordinateur de la campagne Coolproducts

leo.pardo[arobase]cler.org