La transition écologique entraîne une hybridation des métiers

Crée en 2010, l'Observatoire national des emplois et métiers de l'économie verte (Onemev) vise à mieux comprendre l'impact de la transition écologique sur les métiers et les compétences. Entretien avec Sophie Margontier, son animatrice.

Les métiers de l’énergie sont-ils verts ou verdissants ?

La question est complexe. La transition écologique, dont la transition énergétique est l’un des moteurs, est un concept plus large que celui d’économie verte. Nous ne disposons pas encore de l’outil statistique et de la nomenclature adaptée pour quantifier les emplois qui en relèvent. Notre description est partielle. Actuellement, un professionnel de la rénovation énergétique est considéré comme verdissant, car selon nos critères il s’agit d’un métier du BTP qui intègre les enjeux environnementaux. Mais nos outils évoluent. Nous travaillons à une approche par compétences pour faire évoluer notre sémantique. 

Quel est l’impact de la transition écologique sur l’emploi ?

Entre 2004 et 2019, les éco-activités, c’est à dire les métiers liés à la protection de l’environnement et la gestion des ressources, ont connu une croissance de 53% alors que l’emploi total n’augmentait que de 9% sur la même période. L’agriculture biologique, les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie sont les secteurs qui ont connu la plus forte croissance. Mais ces éco-activités ne représentent, en 2019, que 2,3% de l’emploi total. La dynamique est forte, mais la part observée reste faible. Si on veut une vision prospective, l’évaluation de la Stratégie nationale Bas Carbone par l’ADEME prévoit que celle-ci engendrerait de 300 000 à 500 000 emplois supplémentaires à l’horizon 2030 et de 700 000 à 800 000 emplois à l’horizon 2050. 

Observe-t-on des difficultés de recrutement ?

En 2020, 71% des métiers de l’économie verte connaissaient des difficultés de recrutement. Les facteurs sont multiples : certains de ces métiers, dans les secteurs des transports ou des bâtiments sont perçus comme pénibles et peu attractifs. Il y a aussi un déficit de formation. La transition écologique n’est pas une simple affaire d’expertise technique, il est indispensable de développer des compétences transversales dans tous les métiers. Ce n’est pas tant une affaire de nouveaux métiers mais plutôt une hybridation des métiers qui demande d’associer un savoir-faire à une vision globale. La transformation en cours est profonde. Elle concerne aussi les formations qui commencent à évoluer, multipliant les passerelles entre les cursus, favorisant l’interdisciplinarité. Cela prend du temps mais on sent une nette accélération. 

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