Dans la campagne aveyronnaise, le TUB a rencontré son public

Mobilités

Le TUB (Transport Urbain du Bassin), c'est le nom sympathique du service de transport collectif de la communauté de communes du Bassin Decazeville Aubin, collectivité semi-rurale de 16 000 habitants.

A raison d’un bus par heure sur trois lignes pour relier les cinq communes, ce service connaît une bonne fréquentation depuis son lancement en 2008, en dépit de la faible densité du territoire. L’histoire ne dit pas (encore) combien d’habitants laissent leur voiture au garage pour prendre le bus, mais elle permet de dégager quelques facteurs du succès de cette initiative de « Transport Urbain »… hors grande zone urbaine.

 

De bonnes conditions géographiques et politiques

Lorsque la CC du Bassin Decazeville Aubin se lance dans une démarche Agenda 21 en 2004, la consultation de la population révèle une forte demande de transports collectifs. La création d’un service est donc programmée, dans un objectif autant environnemental que social : 30 % de la population du territoire ont du mal à se déplacer (personnes sans moyen de locomotion, personnes âgées, familles monoparentales…).

Le conseiller délégué aux transports de l’époque porte la politique mobilité et accélère le mouvement. Le Plan Global de Déplacement élaboré en 2006 est rapidement suivi de la préfiguration de la première ligne de transport collectif. Le territoire est en zone de montagne, et l’étude montrait que les 5 communes, « encaissées » dans le bassin, pouvaient être assez facilement desservies par un itinéraire suivant les principaux axes routiers en fond de vallée.

En 2008, la collectivité lance le TUB en expérimentation, au tarif de 0,20 € le trajet. L’effort de communication est important : la charte graphique est travaillée et chaque foyer reçoit le guide horaire dans sa boîte aux lettres.

 

Concilier développement du service et équilibre budgétaire

La première année, la fréquentation a été 5 fois supérieure aux prévisions de l’étude, pour augmenter ensuite chaque année. « Elle avait doublé en 2015 par rapport à 2008, sans compter les abonnés scolaires », note Nobélia Poulain de Lafontaine, chargée de mission transport.

Le succès du service a obligé la collectivité à revoir sa stratégie dès 2009 : elle remplace le minibus de 25 places par un bus de 60 places et déclare un Périmètre de transport urbain pour maintenir le service dans la durée. Deux autres lignes ont ensuite été ouvertes en 2012 et 2013.

Développer un service de transport implique des coûts élevés de fonctionnement qu’une collectivité rurale ne peut pas soutenir. La solution adoptée est souvent celle du versement transport, contribution locale collectée auprès des employeurs de plus de 10 salariés et reversée à l’autorité organisatrice de transports.

Aubaine aussi pour les écoles et centres de loisirs, qui ne sont plus obligées de commander un bus privé, beaucoup plus cher, pour emmener les classes en sortie scolaire.

C’est ce que vote la communauté en 2011, non sans quelques protestations momentanées des entreprises. Au moins, les coûts de fonctionnement du TUB sont couverts (490 000€ en 2015) et le service peut continuer à afficher des tarifs attractifs pour la population : 0,5 € le trajet, 2,5 € le carnet de dix tickets.

Par ailleurs, la communauté a choisi de conserver une simplicité de service pour économiser les moyens : billetique papier, contrôle effectué par le conducteur… La collectivité achète elle-même les bus, car « cela permet aux petites structures locales de répondre à l’appel d’offre de prestation de service », explique Nobélia Poulain de Lafontaine.

De l’objectif environnemental au développement local

Elle souligne également les résultats indirects de la mise en place d’un service de bus en milieu rural : « Nous avons beaucoup de témoignages d’organismes publics et privés, comme la MCEF ou des associations d’insertion, qui sont très positifs sur l’accessibilité à l’emploi et à la formation depuis la mise en place du TUB. »

Aubaine aussi pour les écoles et centres de loisirs, qui ne sont plus obligées de commander un bus privé, beaucoup plus cher, pour emmener les classes en sortie scolaire. D’un point de vu pédagogique, le TUB à permis d’augmenter sensiblement les sorties scolaires sur le territoire pour des visites du patrimoine, des sorties à la médiathèque, au cinéma, etc.

Pour ce qui est de l’aspect environnemental, il serait intéressant d’évaluer la part des passagers du TUB qui choisissent de le prendre à la place de leur voiture, qui n’est pas connue aujourd’hui. La collectivité, en tout cas, travaille en parallèle depuis 2010 sur le covoiturage et les modes doux, essayant de favoriser l’intermodalité avec le TUB et les transports départementaux et régionaux.