Retour sur la Journée Plans de Paysage de la Transition Énergétique
Le 16 décembre dernier, près d’une centaine de personnes se sont retrouvées à la Maison des Associations de Solidarité, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, le temps d’une journée consacrée aux paysages. Agents de collectivités, élus, associations, bureaux d’études, chercheurs et chercheuses : un public varié, à l’image de la diversité des personnes investies dans les paysages de la transition énergétique. Une journée co-organisée par le réseau Cler et l’ADEME.
Une ouverture placée sous le signe de l’action collective
La matinée s’est ouverte avec les allocutions de Vincent Montrieux, adjoint au directeur de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages au ministère de la Transition énergétique, de Jérôme Mousset, directeur Bioéconomie et Énergies renouvelables à l’ADEME, et de Béatrice Delpech, directrice générale adjointe d’Enercoop et vice-présidente du réseau Cler.
Vincent Montrieux a déclaré que le plan de paysage est à la fois « un déclencheur d’action et un catalyseur de projets participatifs acceptés localement ». Il a mis en lumière le jeu sérieux ETAPE Paysage, développé par le collectif Paysages de l’Après-Pétrole et co-porté avec le réseau Cler et l’Institut négaWatt, qui permet de sortir des logiques de silos pour concilier environnement et aménagement du territoire. Il a également insisté sur le rôle structurant de l’intercommunalité et sur la nécessité d’un financement pérenne pour animer ces démarches dans la durée. Jérôme Mousset a rappelé que l’approche paysagère constitue un levier puissant d’adhésion, en permettant de construire des récits partagés avec les habitants et les habitantes, et que le paysage n’a jamais été figé mais est le reflet des transformations de la société.
Béatrice Delpech a conclu cette allocution d’ouverture en célébrant les 40 ans du réseau Cler et son rôle historique d’espace de dialogue entre énergies renouvelables et territoires. Elle en a profité pour annoncer le lancement, dès janvier, d’une nouvelle communauté dédiée, avec un webinaire et un parcours spécifique lors des prochaines rencontres TEPOS. Après cette introduction, trois tables rondes ont permis de mieux comprendre les enjeux du paysage.
« Les plans de paysage permettent de sensibiliser et d’acculturer les élus et les services locaux aux enjeux complexes de la transition. »
Jérôme Moussetdirecteur Bioéconomie et Énergies renouvelables à l’ADEME
Entre projet politique et méthodes, les apports du plan paysage de la transition énergétique
Cette première table ronde a permis de rappeler l’importance de structurer la décision publique et de porter une vision collective sur le long terme, de souligner l’apport méthodologique des démarches de plan de paysage pour articuler énergie, paysage et sobriété, et de rappeler que l’énergie a de longue date façonné les paysages, des moulins aux terrils, appelant une mise en récit de ces transformations pour les rendre compréhensibles et désirables. Des échanges qui ont réuni Nicolas Orgelet, vice-président de l’agglomération de Blois, Caroline Bardot, vice-présidente de Vichy Communauté, Étienne Périn, vice-président en charge de la transition énergétique et écologique à la Communauté de communes des Sept Vallées, Yohan Gaillard, chef de projet Bifurcation écologique chez Auxilia, ainsi que Bertrand Folléa, co-directeur de l’Agence Folléa-Gautier et directeur de la chaire Paysage et énergie de l’ENSP.
Paysage et énergie, une place à prendre dans la planification énergétique et territoriale
Cette deuxième table ronde a exploré la place encore émergente du paysage dans les outils de planification. Henri Hasser, président du SCoTAM et administrateur de la Fédération des SCoT, a mis en avant le rôle structurant des documents de planification pour donner un cadre partagé aux projets énergétiques. L’ingénieure-paysagiste Isabel Claus a insisté sur la nécessité de renforcer la culture paysagère au sein des équipes techniques, tandis que Florent Clément, directeur du PETR Pays de la Vallée de Montluçon et du Cher, a partagé les difficultés mais aussi les opportunités offertes par une approche transversale à l’échelle territoriale. Enfin, Alexandre Pasquié, chef de projet à la Direction générale de l’Énergie et du Climat, a rappelé que la loi APER renforce la prise en compte du paysage, tout en soulignant l’importance de faire vivre ces cadres dans le temps, au-delà de leur seule inscription réglementaire.
Un plan paysage et transition énergétique pour et par les parties prenantes
La troisième table ronde a donné à voir le rôle central des parties prenantes dans la réussite des plans de paysage. Mélanie Cosnier, vice-présidente de la Vallée de la Sarthe, a illustré comment le paysage peut devenir un levier opérationnel pour articuler plan climat-air-énergie territorial (PCAET), chartes de bonnes pratiques et implication citoyenne. Gaëlle des Déserts, coordinatrice du Collectif Paysages de l’après-pétrole, a insisté sur la nécessité d’un dialogue continu et exigeant pour passer du débat à l’action. Enfin, pour clôturer la matinée, Patrick Moquay, Professeur à l’ENSP, a livré un rapport d’étonnement lucide : sentiment de submersion des élus, projets parfois vécus comme des traumatismes, difficulté de l’acceptation locale. Le paysage a apparu comme un facilitateur puissant, mais complexe, qui nécessite un portage politique et technique solide.
« Le paysage est un fédérateur qui amène plusieurs parties prenantes à construire ensemble sur un territoire. »
Patrick MoquayProfesseur à l’ENSP
Deux parcours d’ateliers pour lier paysage, sobriété, biodiversité et transition agricole
L’après-midi s’est poursuivie avec des ateliers organisés autour de deux parcours, invitant les participants et participantes à échanger de manière concrète sur des retours d’expériences, les apports des plans de paysage et les améliorations possibles.
Agir sur les paysages de l’énergie, moteurs pour la sobriété et la transition agricole
Dans l’atelier consacré aux paysages de la sobriété énergétique, premier atelier du parcours « Leviers », Barbara Nicoloso, directrice de Virage énergie, et Marion Courdoisy, du Réseau des Grands sites de France, ont exploré la manière dont les paysages peuvent devenir des supports visibles et sensibles de la sobriété. Les échanges portent sur les changements de pratiques, les leviers d’action locaux et les récits capables de rendre la sobriété désirable et compréhensible dans les paysages du quotidien.
Le second atelier, paysages, agriculture et transition énergétique, animé par Roberta Pistoni, maîtresse de conférences à l’École nationale supérieure de paysage, a abordé les relations parfois conflictuelles, mais aussi les synergies possibles entre production agricole, projets énergétiques et qualité paysagère. Le projet de paysage y est envisagé comme un outil de médiation pour construire des trajectoires partagées avec le monde agricole.
Tisser en délicatesse les relations forêt, biodiversité et paysages de la transition énergétique
Du côté du parcours « Équilibres », l’atelier paysages, biodiversité et transition énergétique a permis à Valérie Kauffmann, membre du Collectif Paysages de l’après-pétrole, et Marion Doubre, chargée de mission paysage au Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, de mettre en lumière la nécessité d’une approche pensée selon le contexte. Le dernier atelier, consacré aux paysages de forêt et à la transition énergétique, s’est appuyé notamment sur le témoignage de Jean-Sébastien Laumond, de la Communauté de communes de la vallée de la Bruche. Il a permis d’aborder les enjeux spécifiques des paysages forestiers, entre gestion de la ressource, usages énergétiques, et biodiversité.
La journée s’est achevée avec une table ronde finale consacrée aux récits, réunissant Jules Colé, auteur de rapports sur Imaginaire et transitions, et Maylis de Kerangal, autrice de roman, animée par Benoît Thévard de la Fabrique des Transitions. Une conviction forte s’en est dégagée : les récits façonnent nos rapports aux territoires, dans toute leur complexité. Clap de fin pour une journée dense et stimulante qui a rassemblé les acteurs du paysage et de l’énergie autour d’une ambition partagée : faire du paysage un espace de dialogue, de projection et de transformation collective au service de la transition énergétique.
Représenter en volumes la transition énergétique : explorer les outils du paysage
Le réseau Cler organise un webinaire le 22 janvier à 11h pour explorer les outils du paysage qui peuvent aider à représenter en volumes la transition énergétique. L’inscription de ces projets d’énergie renouvelables dans le paysage est un enjeu majeur, en termes de désirabilité et de continuité du paysage. Interroger cette intégration par divers outils comme des modélisations, constatations sur sites permet une appropriation des projets par les élus et les acteurs locaux. Découvrez l’éclairage et le retour d’expérience d’experts et expertes.
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