Financer la transition énergétique de demain

Pour relever les défis de la transition énergétique en France et en Europe, les financements doivent évoluer. Découvrez le décryptage des mécanismes, des évolutions à venir, et des trajectoires à dessiner avec Isabelle Gasquet, responsable de projets efficacité énergétique et Auréline Doreau, responsable de projets territoires et énergies renouvelables du réseau Cler.

Quels dispositifs permettent de financer la transition énergétique ?

Auréline Doreau : Les fonds européens FEDER permettent de financer des projets d’installation d’énergies renouvelables dans les territoires et les moyens techniques humains pour leur déploiement. En France, il y a le Fonds chaleur et le Fonds vert. Pour le gaz vert, on tâtonne encore. La Banque des Territoires permet des appuis au financement et les Régions mettent la main à la poche. Pour l’éolien et le solaire, la remise en question des dispositifs ne permet pas aux acteurs territoriaux de s’emparer du sujet.

Isabelle Gasquet : Le budget de MaPrimeRénov’ a été divisé par deux en un an. C’est un mauvais signal envoyé aux ménages et aux acteurs économiques, et une incohérence par rapport à la dynamique engagée en 2023. La réforme du dispositif avait permis de favoriser davantage les rénovations performantes en augmentant les barèmes pour tous les ménages, particulièrement les plus précaires, et en rehaussant les plafonds subventionnables. Cette réforme a porté ses fruits avec 91 000 rénovations d’ampleur fin 2024. On passe à une rénovation performante sur quatre, contre une sur dix en 2023. Les financements doivent être renforcés pour accélérer le rythme.

Quelles évolutions sont nécessaires ?

IG : Pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie nationale bas carbone, la marche est très haute. Il faut mobiliser et articuler les dispositifs de soutien, comme cela a été fait pour les rénovations performantes, avec MaPrimeRénov’, les certificats d’économie d’énergie et l’écoprêt à taux zéro. Cela passe aussi par une mise en cohérence entre les objectifs de long terme et les moyens dédiés à la rénovation énergétique, via une pérennisation des budgets sur la durée. Si l’on rénovait 5 millions de passoires énergétiques au niveau BBC en dix ans, cela permettrait d’économiser 700 millions d’euros par an pour le système de santé et de créer de l’emploi, selon le scénario Rénovons.

AD : Il est primordial de faciliter la lecture des financements et de sanctuariser des fonds sur le long terme pour les porteurs de projets et l’ensemble des segments (méthanisation, solaire, éolien, terrestre). Toutes ces énergies sont complémentaires pour réussir le mix énergétique territorial, et pour que la France atteigne ses objectifs. Développer une modulation tarifaire des aides permettra une meilleure répartition des énergies renouvelables. Autre impératif : favoriser la réinjection des bénéfices dus aux énergies renouvelables en local et encourager les boucles courtes d’autoconsommation collective. Tout est lié, il faut travailler sur les trois volets sobriété, efficacité, énergies renouvelables pour avancer concrètement.

«Mobiliser et articuler les dispositifs de soutien est indispensable. »

Isabelle GasquetResponsable de projets efficacité énergétique