En finir avec ce chauffage électrique qui freine la transition en France

Économies d’énergie, Transition

L'hiver est là : les grands magasins de bricolage garnissent leurs « têtes de gondole » de chauffages électriques à effet Joule, qu'ils soient mobiles ou fixes. Peu chers et relativement faciles à installer, c'est le produit phare de la saison froide. L'utilisation de cette technologie comme système de chauffage chez les ménages ne semble choquer personne... Pourtant, cette exception française constitue une barrière majeure à la mise en œuvre de la transition énergétique en France.

Dès la fin des années 70 et devant la surproduction d’électricité induite par le sur-dimensionnement du parc électro-nucléaire, l’Etat décide de promouvoir massivement l’utilisation du chauffage électrique dans la société française. Réglementations relatives au bâtiment, leviers fiscaux : tout est fait pour que les Français s’équipent. Une campagne couronnée de succès : avec aujourd’hui plus d’un tiers des ménages se chauffant de cette manière, la technologie est en tête de tous les modes de chauffage. Les conséquences trop méconnues sont pourtant importantes :

  • le chauffage électrique est aujourd’hui le système de chauffage le plus cher pour les ménages et est le plus susceptible d’induire soit des phénomènes de privation soit de l’inconfort
  • par son utilisation généralisée, le chauffage électrique engendre un sur-dimensionnement majeur du réseau de distribution d’électricité dont les coûts sont supportés par l’ensemble des consommateurs, quel que soit leur équipement. Aujourd’hui le chauffage électrique constitue la principale menace à la stabilité du réseau électrique français
  • côté production, les centrales à gaz, à charbon et au fioul doivent tourner pour répondre au besoins créés par le chauffage électrique dont le contenu CO2 est quasiment équivalent à celui du gaz. Son impact sur les changements climatiques est donc important.

Un impondérable, vraiment ?

Malgré tous ces inconvénients, le chauffage électrique est devenu une sorte de constante de l’équation énergétique française. Loin de faire l’objet d’actions correctives, il est considéré comme un impondérable autour duquel on doit adapter les solutions en matière de transition énergétique. A la mise en œuvre d’un plan de rénovation sérieux permettant de réduire structurellement la pointe de consommation induite par le chauffage électrique, l’Etat préfère s’acharner à inventer et tenter d’implémenter des mécanismes de financement permettant aux centrales fissiles à fossiles de continuer à exister (marché de capacité, mécanismes d’effacement). Qu’elles « tournent » ou non, tout cela est payé par les consommateurs… Dans le microcosme énergétique français, les soupçons de subventions illégales au fournisseur historique d’électricité ne sont jamais loin, parfois confirmés par des décisions du Conseil d’Etat ou des enquêtes de la Commission européenne.

« Il est nécessaire que l’Etat mette un terme aux privilèges dont bénéficie le chauffage électrique »

Depuis longtemps, le CLER – Réseau pour la transition énergétique réclame une politique française ambitieuse en matière de maîtrise de l’énergie dont la résorption structurelle de la pointe électrique constituerait l’un des avantages. En parallèle, il est nécessaire que l’Etat mette un terme aux privilèges dont bénéficie le chauffage électrique. Alors que les systèmes de chauffage et production d’eau chaude fioul, gaz mais aussi renouvelables font l’objet d’un étiquetage énergétique, ce n’est absolument pas le cas pour le chauffage à effet Joule ! Une impunité dont dépend aujourd’hui la mise en œuvre de la transition énergétique qui doit au contraire s’appuyer sur une meilleure maîtrise de la demande en électricité et une montée en puissance des énergies renouvelables dans le mix électrique.

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