Souveraineté énergétique : de quoi parle-t-on  ?

Alors que les prix du gaz et du pétrole s'envolent, le rapport « La souveraineté énergétique à l’épreuve des faits » du Réseau Action Climat prend une résonance particulière. Il étudie la réalité de nos dépendances et les mérites comparés des énergies fossiles, nucléaires et renouvelables pour réduire nos vulnérabilités à l’échelle de la France comme de l’Europe. Décryptage avec Bastien Cuq, responsable énergie au Réseau Action Climat.

Ce lundi 9 mars, conséquence de la guerre au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz, le prix du baril de pétrole brut connaissait une hausse de 30%. « Quand le prix du baril double, le prix du litre à la pompe en France augmente de 25 à 33% » indique Bastien Cuq. Publié à l’occasion de la parution de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), le dernier rapport du Réseau Action Climat trouve dans l’actualité une démonstration cinglante. 

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Réduire les vulnérabilités

« Tout le monde utilise le terme de souveraineté énergétique, mais chacun y met un sens différent, qui varie selon les orientations politiques. Nous avons donc élaboré une définition précise, avec des acteurs de la société civile engagées dans une transition écologique juste. Pour nous, la souveraineté énergétique consiste à réduire au maximum les vulnérabilités liées aux dépendances de nos systèmes énergétiques » explique-t-il.  

Intitulé « La souveraineté énergétique à l’épreuve des faits. Fossiles, nucléaires, renouvelables : comparer pour comprendre » le rapport du Réseau Action Climat examine les vulnérabilités à court terme des systèmes énergétiques, les vulnérabilités en cascade sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, de l’extraction à la consommation, et enfin la souveraineté du point de vue du déficit commercial. « La majeure partie de notre énergie dépend d’importations et de chaîne de valeur qu’on ne maîtrise pas. On le voit clairement pour les fossiles mais c’est également le cas pour le nucléaire : nous n’avons aucune souveraineté en matière d’extraction et près de la moitié de l’uranium importé en France transite par la Russie » détaille le spécialiste. 

La force des renouvelables

Le rapport désigne le gaz et le pétrole comme le talon d’Achille de la France et de l’Europe, en précisant que nos capacités de stockage ne couvrent que 3 mois de consommation… Nos réserves d’uranium s’épuiseraient, elles, en 3 ans. Des chiffres à mettre au regard de ceux des énergies renouvelables : « Si l’approvisionnement français ou européen en éoliennes et panneaux solaires était rompu, l’Europe produirait encore de l’électricité renouvelable pendant 20 à 30 ans » pointe le rapport. « Contrairement à du gaz naturel liquéfié qu’on doit importer perpétuellement parce qu’on le brûle tous les jours, un panneau solaire même importé de Chine, va produire une énergie locale pendant 30 ans avant d’être recyclé. La transition énergétique est un immense levier de la souveraineté » analyse Bastien Cuq.

Il souligne qu’aujourd’hui la plupart des éoliennes installées en Europe y sont fabriquées, que des projets en cours en France pourraient aboutir à une production annuelle de panneaux photovoltaïques de 10 GW, supérieure au rythme d’installation, et enfin que la France est déjà exportatrice en matière d’éolien en mer. À l’inverse les importations d’hydrocarbures creusent notre déficit commercial. « Nous avons la capacité de remplacer progressivement les énergies fossiles par les énergies renouvelables. Cela doit se faire à l’échelle européenne, en s’appuyant sur l’électrification des usages et surtout sur la sobriété. Moins d’énergie, moins de biens, moins de matières, c’est moins de vulnérabilité » résume l’expert.  

« La sobriété est la grande oubliée des discours sur la transition énergétique alors qu’elle en constitue un impératif. »

Bastien Cuqresponsable énergie au Réseau Action Climat

Les chiffres clés à retenir

Le gaz et le pétrole représentent 58% de l’énergie consommée en France et 70% de l’énergie consommée en Europe. 96% du pétrole et 88% du gaz consommés dans l’Union Européenne sont importés. Selon l’association négaWatt, à court terme, un plan de sobriété ambitieux permettrait de réduire de 20 % la consommation de gaz en France et d’économiser plus de 4 milliards d’euros par an sur la facture énergétique de la France.