Repowering : une opportunité à saisir pour les territoires

Arrivés en fin de vie après vingt à vingt-cinq ans d’exploitation, de nombreux parcs éoliens entrent dans une phase de renouvellement. Amélioration des performances, réduction des impacts, renforcement des retombées locales : le repowering offre l’opportunité de faire évoluer l’existant sans dénaturer les paysages. Stéfan Louillat, chef du service Électricité renouvelable et réseaux à l’ADEME, et Jacky Aignel, cofondateur du réseau TEPOS et ancien maire du Mené, commune bretonne récemment engagée dans le renouvellement de l’un de ses parcs éoliens, croisent leurs regards sur les atouts de cette démarche.

Comment définissez-vous le repowering ?

Stéfan Louillat : Pour toutes les énergies renouvelables, ce terme désigne le renouvellement des infrastructures, soit parce que les pièces sont arrivées en fin de vie, soit parce que le contrat d’achat est arrivé à échéance. Cela intervient le plus souvent au-bout de 20/25 ans. Pour l’éolien, le repowering ne consiste pas seulement à améliorer les performances et les coûts, c’est aussi l’occasion de renégocier les baux fonciers pour revaloriser les indemnisations des propriétaires de l’emprise du parc, de repenser l’implantation et l’intégration des éoliennes dans un contexte environnemental qui a évolué, de redimensionner les mesures compensatoires, paysagères et environnementales, fixées lors du développement initial du parc, d’augmenter les retombées fiscales en cas d’augmentation des capacités installées, de réduire les pressions sur la biodiversité, d’ouvrir aux citoyens et citoyennes le capital des projets et leur gouvernance… Enfin, le repowering peut également être un bon moment pour réfléchir à la mise en place d’une opération d’autoconsommation collective. On le voit avec ces quelques exemples, le repowering représente une opportunité pour engager un nouveau dialogue territorial, enrichi par le retour d’expérience, sur les améliorations à mettre en œuvre pour le développement des énergies renouvelables. Et arbitrer ensemble entre ce qui est souhaitable et ce qui est désirable. 

Jacky Aignel : A Trébry, le repowering a consisté, au terme du contrat avec EDF, au remplacement des 6 éoliennes par des machines plus performantes. La puissance installée est passée de 9 à 12 MW, sans éoliennes supplémentaires et sans impact sur la hauteur des machines. Le site étant située dans un couloir aérien militaire, on ne peut de toutes façons pas dépasser 60 mètres pour le mat et 30 mètres pour les pales. Au-delà du gain de puissance, le principal avantage de cette opération a été la diminution du bruit. Le profil des nouvelles pales, en dents de scie et légèrement recourbé, les rends plus stables et moins sonores. Sur ce parc, le repowering est vraiment vécu par les habitants et habitantes comme une amélioration de l’existant.  

« Sur ce parc, le repowering est vraiment vécu par les habitants et habitantes comme une amélioration de l’existant. »

Jacky Aignelcofondateur du réseau TEPOS et ancien maire du Mené

Comment celui-ci peut-il contribuer à lever les obstacles à la massification des énergies renouvelables et en particulier de l’éolien terrestre ?

S. L. : L’éolien terrestre fait l’objet de très nombreuses contraintes qui pèsent sur le territoire disponible : distance des habitations, interférences avec les radars, protection des captages d’eau, de la biodiversité, du patrimoine, des paysages… Le renouvellement des parcs existants permet de lever certains de ces freins et d’éviter de consommer du foncier. Attention toutefois, nous ne pouvons pas nous contenter de maintenir l’éolien là où il a été implanté historiquement, sa massification impose de gagner de nouveaux territoires.  

J. A. : Le repowering permet de réduire certains inconvénients de l’éolien, j’ai évoqué les nuisances sonores mais on peut aussi parler des voies d’accès aux sites ou des impacts sur les paysages. Dans certains secteurs, on a un peu trop chargé la barque. Le renouvellement des infrastructures doit permettre de corriger le tir. Mais le véritable levier pour augmenter la désirabilité des énergies renouvelables, c’est la participation. Les citoyens et citoyennes doivent être actionnaires de leur parc éolien. 30 % des parts du parc éolien des Landes du Mené sont détenues par 137 particuliers réunis au sein de 8 clubs d’investisseurs solidaires (CIGALES) avec des participations qui vont de 2000 € à 10 000 €. Quand les citoyens et citoyennes récoltent les fruits de l’énergie produite localement, les inconvénients pèsent moins lourds. Les énergies renouvelables doivent être une source de richesse locale.