Intensifier les usages : comment optimiser le bâti existant pour préserver les sols ?

Face à l’urgence climatique et à l'instabilité législative que connaît le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) depuis son inscription dans la loi Climat et Résilience en 2021, l’intensification des usages apparaît comme une solution pour répondre à des besoins sociaux croissants dans un contexte de raréfaction des ressources et de préservation des sols. L’outil Intensi’Score aide à identifier le gaspillage des mètres carrés bâtis et à révéler le potentiel caché des bâtiments existants. Décryptage.

Aujourd’hui, un immeuble de bureaux n’est occupé en moyenne que 30 à 35 % du temps sur l’année, notamment en raison du développement du télétravail et des flexibilités d’organisations, d’après l’analyse d’ADP Group sur le taux d’occupation des bureaux. Dans le même temps, 8,2% du parc immobilier résidentiel en France (hors Mayotte) était vacant en 2023 selon l’INSEE. 

Ces chiffres traduisent une sous-utilisation massive du bâti existant. Or, les constructions neuves représentent près d’un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre chaque année. Avant de bâtir plus, il devient essentiel d’intensifier les usages en utilisant mieux les bâtiments déjà existants.

Intensifier les usages pour limiter l’artificialisation des sols

Face à l’urgence climatique et à la raréfaction du foncier, l’intensification des usages constitue un levier de transition écologique. Il s’agit de mutualiser des espaces, élargir les plages horaires d’ouverture, diversifier les publics accueillis, transformer partiellement les fonctions d’un bâtiment. Cette approche permet de limiter l’artificialisation des sols. 

Une démarche collective

Initiée par Eléonore Slama, maire adjointe du 12 arrondissement de Paris, et copilotée par Paris&Co, la démarche a rassemblé des acteurs publics et privés : Direction de l’Immobilier de l’État, JLL, Linkcity, Bouygues Construction, Novaxia, Société Foncière Lyonnaise, SNCF Immobilier, Ville de Paris, ainsi que des experts (étude Cheuvreux, Sylvain Grisot, agence Vraiment Vraiment, Dominique Alba, Sylvie Gamelin). 

Ensemble, ils ont développé un outil d’évaluation (Intensi’Score) ainsi qu’un guide pratique pour intensifier les usages. En trente minutes, l’outil permet d’obtenir un score d’intensité et des recommandations concrètes.  

Intensifier permet d’optimiser des mètres carrés mais aussi de créer des rencontres entre publics différents, ce que le collectif appelle les « frottements d’usages », sources de mixité sociale et de vitalité urbaine. Les bâtiments cessent d’être fonctionnels pour un seul usage, pour devenir des lieux vivants et partagés. 

Des ressources concrètes pour agir

Le site propose trois types de fiches pratiques : 

  • Méthodologie : cadre réglementaire, enjeux juridiques, évaluation écologique et sociétale, gouvernance.
  • Espaces types : Cantines, gymnases, écoles, bureaux, équipements culturels.
  • Inspirations : Cours d’école ouvertes sur le quartier à Paris, cantines transformées en restaurants solidaires, école convertie en centre d’hébergement saisonnier à Noirmoutier.

Pour aller plus loin

La chronotopie — articulation des temps et des espaces — est au cœur de l’urbanisme temporel. Un même lieu peut ainsi accueillir différents usages selon l’heure, le jour ou la saison. La publication Politiques temporelles : le temps comme levier de sobriété, du réseau Sobriété, souligne que l’optimisation des bâtiments existants et les logiques de mutualisation sont des leviers puissants de sobriété foncière.

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