Budget 2025 : comment allier transition écologique et justice sociale ?
À l’occasion de l’examen du projet de loi de finances 2025, le Pacte du pouvoir de vivre s’est invité dans le débat avec des propositions concrètes pour financer notre avenir commun, en donnant à tous accès aux bénéfices d’une transition écologique juste. Amandine Lebreton-Garnier, directrice du Pacte du pouvoir de vivre décrypte ces propositions.
Pourquoi prendre part au débat budgétaire ?
Amandine Lebreton-Garnier : La question du budget de l’État est très technique mais elle est fondamentale : recettes et dépenses dessinent un projet de société. Les propositions élaborées par 60 organisations du Pacte du pouvoir de vivre montrent que les enjeux ne s’opposent pas. Au contraire, l’indispensable transition écologique est une opportunité de justice sociale. À un moment où le discours politique tend à la simplification des sujets et à la polarisation, nous pensons, en tant que corps intermédiaire, avoir un rôle à jouer pour maintenir la cohésion sociale, remettre de la nuance et contribuer au débat en servant de trait d’union entre les citoyens et les pouvoirs publics.
Quelles sont vos propositions pour allier transition écologique et justice sociale ?
Amandine Lebreton-Garnier : Il est possible de réduire le déficit tout en investissant dans notre avenir commun. Le financement de la transition écologique juste, de la reconstruction de nos services publics, de la préservation de notre système de santé et du maintien d’un haut niveau de protection sociale passe par deux piliers : la mise en cohérence des politiques publiques et davantage de justice fiscale.
Dans un contexte de déficit public, comment pouvons-nous continuer à avoir en même temps des dépenses qui favorisent les désordres environnementaux et d’autres pour en réparer les dégâts ? Il s’agit de dépenser moins là où on dépense mal. Je pense par exemple aux exonérations fiscales du secteur aérien ou au tarif réduit consenti sur le gazole des poids lourds… Enfin, nous devons revenir sur le tabou des hausses d’impôts. Il faut que ceux qui le peuvent contribuent davantage : nous plaidons pour le retour de l’ISF et une taxation des hauts patrimoines.
«En ciblant les aides vers les ménages en précarité énergétique, on démultiplie les impacts positifs sur le climat, la santé, le confort, le pouvoir d’achat.»
Amandine Lebreton-GarnierDirectrice du pouvoir de vivre
Quels en sont les impacts sur la transition énergétique ?
Amandine Lebreton-Garnier : Aujourd’hui, il y a lieu de s’inquiéter. Le budget adopté dans le projet de loi de finances 2025 représente une baisse de crédits de plus de 2 milliards d’euros pour l’écologie, et donc une baisse du niveau de financement de dispositifs comme le Fonds vert ou MaPrimeRénov’. Si on regarde le déploiement des énergies renouvelables ou le nombre de rénovations énergétiques performantes réalisées chaque année, on n’est clairement pas sur la bonne trajectoire, et très loin des recommandations du rapport Pisani-Mahfouz qui estime que « le supplément de dépenses publiques induit par la transition climatique devrait être à l’horizon 2030 compris entre 25 et 34 milliards d’euros par an ». Nos propositions montrent que c’est possible.
La réduction des dépenses néfastes à l’environnement, la suppression de certaines exonérations et aides aux entreprises représentent un gisement d’économie de 20 milliards d’euros. Davantage de justice fiscale se traduit par 32 à 55 milliards de recettes supplémentaires ! Mais le plus important reste la manière dont on utilise l’argent. La Cour des comptes s’est penchée sur les 25 dispositifs d’aide déployés depuis 2021 face à la crise énergétique. Elle a relevé que ces aides, majoritairement destinées aux ménages, n’étaient pas ciblées en fonction des revenus des bénéficiaires. C’est un parfait exemple de mésusage de l’argent public. À l’inverse, si on priorise l’aide, et surtout l’accompagnement, vers les ménages en situation de précarité énergétique, on démultiplie les impacts positifs, sur le climat, la santé, le confort, le pouvoir d’achat… L’engagement public n’est clairement pas à la hauteur des enjeux. Il ne s’agit pas d’un manque de moyens, mais bien d’un manque d’ambition écologique.
Le Pacte du pouvoir de vivre
Collectif qui rassemble une soixantaine d’organisations de la société civile qui œuvrent dans les domaines de l’exclusion, de l’environnement, du travail, du logement, de l’éducation, de l’économie sociale et solidaire, du handicap, de la jeunesse ou encore de la santé. Ce qui les rassemble ? Leur volonté de ne pas dissocier transition écologique, justice sociale et renouveau démocratique.
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