Chauffage : un nouvel outil pour accélérer la sortie des chaudières à combustibles fossiles

Le chauffage représente près de 40 % de la consommation énergétique européenne et déterminera largement la trajectoire climatique des deux prochaines décennies. Tandis que la France doit accélérer la rénovation performante de son parc de logements, le réseau Cler souligne l’intérêt d’un nouvel outil pour orienter l’offre industrielle vers des solutions propres. Il s’agit du Clean Heat Market Instrument, un dispositif pensé pour accompagner la transition des systèmes de chauffage à combustibles fossiles vers les énergies renouvelables. Son principe : faire évoluer le marché sans imposer de pression supplémentaire aux ménages.

Réduire les besoins pour sortir durablement des fossiles

Pour le réseau Cler, la priorité reste la rénovation performante, seule capable de réduire massivement les besoins de chauffage. « On ne gagnera la bataille du chauffage propre que si l’on réduit les besoins », rappelle Étienne Charbit, responsable Europe au réseau Cler. Une rénovation performante d’une passoire énergétique bien menée peut diviser par quatre à huit les besoins de chaleur et sortir durablement des millions de ménages de la précarité énergétique. 

Mais pour éviter que des chaudières à combustibles fossiles ne continuent d’être installées d’ici à 2040, les rénovations doivent être complétées par une évolution cohérente du marché des équipements. C’est là qu’intervient un levier encore inédit. 

Un levier pour transformer l’offre

Le réseau Cler soutient le développement du Clean Heat Market Instrument, un dispositif imaginé en 2024 par le think tank Agora Energiewende, fixant aux fabricants une trajectoire progressive pour augmenter la part d’équipements propres dans leurs ventes. « La responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les ménages. Cet instrument donnerait un cap industriel clair et progressif », souligne Étienne Charbit. Ce mécanisme présente l’avantage de respecter la primauté de l’efficacité énergétique — seules les solutions performantes comptent — tout en maintenant une réelle neutralité technologique. Les fabricants pourraient ainsi proposer un éventail de solutions adaptées aux situations : pompes à chaleur, chaudières hybrides alimentées au biométhane, chaudières biomasse performantes ou encore radiateurs électriques très performants. En concentrant la contrainte sur l’offre, il permet une transition réaliste et socialement acceptable. 

Protéger plutôt que sanctionner

Contrairement aux dispositifs reposant sur des interdictions ou des taxes directes, le Clean Heat Market Instrument ne crée aucune pression immédiate sur les particuliers. Les ménages conservent la liberté du choix et du calendrier de remplacement, tandis que l’offre évolue progressivement pour rendre les solutions propres plus accessibles, mieux disponibles et plus attractives. 

Le réseau Cler rappelle toutefois la nécessité d’accompagner ce mécanisme par des mesures de soutien à la demande, afin de permettre aux foyers d’investir dans des solutions parfois coûteuses comme les pompes à chaleur. « Il faut être vigilant à la maîtrise des coûts pour les consommateurs », insiste Étienne Charbit. La transition énergétique doit rester juste et progressive.