Quand les collectivités font le pari de la démocratie participative

Impliquer les citoyens dans les projets demande du temps, de la méthode et… de l’argent. Trois questions à Yann Huaumé, maire de Saint-Sulpice-la-forêt (Ille-et-Vilaine), qui a à cœur de mener une réelle démocratie participative sur sa commune.

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Comment entraîne-t-on les citoyens à participer à la transition énergétique?

En les impliquant vraiment dans les projets, et pas une fois qu’ils sont ficelés. Évidemment, il ne faut pas leur faire croire que l’on part d’une page blanche, puisqu’avant qu’ils puissent participer dans la phase «proposition», il y aura forcément eu une phase de diagnostic partagé et de formation/acculturation au sujet à traiter. Ensuite, l’idée est de trouver des solutions par la co-construction avec les différents acteurs – les élus, les experts (techniciens) et les usagers citoyens concernés par le sujet – tout en ayant bien conscience que nous sommes contraints par un budget. Dans ma commune, nous sommes par exemple en train de travailler sur un projet d’accueil de loisirs avec un comité de pilotage rassemblant des agents, des associations, des professeurs. L’objectif est de construire un bâtiment bas carbone. Il faut donc trouver un équilibre entre les multiples paramètres à prendre en considération. Ainsi, idéalement, on se dit qu’il serait mieux d’éviter l’enrobé pour la cour d’école (pour limiter le phénomène d’îlot de chaleur et perméabilisation des sols), mais en même temps, les enseignants indiquent que 80 enfants de maternelle qui pataugent dans la boue, ce n’est pas non plus la panacée. Donc la solution pourrait s’orienter vers la construction de plusieurs espaces: un en enrobé, un enherbé, un en stabilisé et un jardin pavé.

C’est compliqué, d’impliquer diverses parties prenantes?

Disons que la démocratie prend du temps et de l’argent. Faire participer divers acteurs a un surcoût, de l’ordre de 10 000 à 20 000 euros par projet. C’est un paramètre que l’on intègre dans les cahiers des charges lorsqu’on lance un projet. L’enjeu, ce n’est pas le changement, mais la façon dont on le conduit. En tant qu’élus, on doit apporter une méthode, un cadre de travail, sans jamais préfigurer des solutions qui vont être apportées. En 2019, en vue d’alimenter le futur PLUi, nous avons largement concerté les habitants pour leur poser la question suivante:
« Comment imaginez-vous Saint-Sulpice dans quinze ans en termes d’urbanisme ? » Une «caravane de la concertation» est allée à leur rencontre et au final, 200 personnes (sur 560 foyers et 1400 habitants) ont participé aux ateliers.

Vous faites souvent référence au concept de « délicieuse incertitude ». De quoi s’agit-il ?

Ce concept s’applique bien à la transition. Si l’objectif de changement est trop faible et sans enjeux, on n’embarquera personne. Au contraire, s’il est trop ambitieux, qu’il paraît inatteignable, avec trop d’efforts à consentir, il sera aussi difficile d’impliquer les gens. Entre les deux, il y a la zone de délicieuse incertitude, qui permet de motiver : un projet peut-être un peu utopique, mais enthousiasmant, pas trop simple non plus, réalisable si on s’y met collectivement et pour lequel chacun à une place clairement définie.