A l’origine du parc éolien citoyen de Plélan-le-Grand, la démarche d’un entrepreneur

Énergies renouvelables, Territoires et démocratie

La culture entrepreneuriale dans le domaine des énergies renouvelables n’est pas très répandue en France. Pourtant, des hommes et des femmes, inscrits dans leurs territoires et parfois néophytes en matière d’énergie, ont porté parmi les premiers grands projets citoyens d’énergies renouvelables. Porter ces projets exigeants et risqués suppose de trouver des moyens de départ, mais aussi de se doter de compétences techniques, financières et d'animation.

Patrick Saultier, formé à l’ingénierie de l’énergie en France et en Allemagne, est l’artisan du parc éolien citoyen de Plélan-le-Grand. Elu adjoint de cette commune de 2500 habitants, il présente dès 2001 à ses collègues élus la situation de l’éolien au Danemark où le développement se fait principalement avec la participation forte de la population. Quand des développeurs viennent proposer des projets sur la commune en 2003, aucun ne souhaitait impliquer la population. Les élus s’interrogent : comment faire pour que les habitants qui le souhaitent puissent s’impliquer réellement ? Après un travail avec les services de la Préfecture et une analyse financière, les élus décident d’initier un projet local. Au fil des échanges avec les habitants, la réflexion s’amplifie et un groupe se forme. Pour lever les fonds nécessaires au développement du parc, l’idée nait de créer une société citoyenne indépendante de la municipalité.

84 000 euros au départ

Pendant plusieurs mois, à partir de mi-2004, les habitants les plus motivés se réunissent une fois par semaine. Il en ressort un noyau de douze citoyens : des militants des énergies renouvelables, de l’action participative locale ou de l’aventure humaine. Parmi eux, une infirmière, un retraité de France Télécom, un maraîcher bio, un informaticien… En novembre 2004, chaque membre du groupe apporte six mille euros ou plus, avec le risque de tout perdre. Avec un montant de départ de 84 000 euros, ils créent une société baptisée Brocéliande Energies Locales (BEL). Patrick Saultier assure le rôle d’ingénieur et de coordinateur. Il est convenu entre les associés qu’il recevra une rémunération de 1 000 euros par mois et, si le projet réussi, une rémunération complémentaire correspondant au salaire d’un ingénieur débutant quand le projet sera bouclé (s’il est un jour bouclé). En somme, Patrick Saultier a, en plus de son capital de départ, apporté son travail en apport en nature à la société.

C’est cette société qui financera les études de vent et les différentes études d’impact réalisées par une quinzaine de prestataires. Patrick Saultier travaille à plein temps : coordination, démarches administratives, juridiques ; localisation des éoliennes, en concertation avec les propriétaires fonciers ; organisation d’une visite de parc en Vendée ; consultation des constructeurs… jusqu’à obtention du permis en mai 2006, 18 mois seulement après la création de la société. Il établit ensuite le dossier de consultation des entreprises et assure le suivi du chantier. Les éoliennes produiront finalement les premiers kWh fin 2008. Pour le financement des fonds propres, les 12 fondateurs ont fait un emprunt obligataire à 70 personnes de leur entourage et ont récolté 550 000 euros en deux mois, sans publicité !

Comment développer un projet d’énergie renouvelable créateur de valeur locale ?

Partout en France ou presque, d’importantes ressources renouvelables sont à portée de main et attendent d’être valorisées. En exploitant ce gisement, les acteurs locaux ont tout à gagner et peuvent bénéficier de retombées économiques et sociales importantes, en fonction de l’implication (notamment en capital) de tous les acteurs locaux dans les projets. Dans un projet d’énergie renouvelable, la phase de développement est délicate : c’est à la fois la plus risquée et la plus difficile à financer. Le réseau des Territoires à énergie positive, animé par le CLER – Réseau pour la transition énergétique a élaboré un document complet intitulé « Financer le développement de projets d’énergie renouvelable d’intérêt territorial », dont est extrait ce retour d’expérience. Différents approches de financement de cette phase y sont donc passées au crible, illustrées par de nombreux exemples qui montrent la variété des projets d’énergies renouvelables entrepris au niveau local, et témoignent qu’il est tout à fait possible de se lancer dès aujourd’hui avec l’implication de tous.

A lire sur le site web des Territoires à énergétie positive